Brève recension de l’article de Bertrand Le Gendre
« LE 11-SEPTEMBRE N'A PAS EU LIEU ».
Ils disent aux
claivoyants : « Ne voyez point » et aux prophètes : « Ne nous
prophétisez pas la vérité ; dites-nous des choses agréables, prophétisez
des illusions ! [..] »
Isaïe 30, 10
Heureux l'homme qui
ne marche pas dans le conseil des impies,
[…]
et qui ne s'assied pas dans la compagnie des moqueurs
Ps 1, 1
Le lecteur non prévenu se trouve face à un texte comme celui-ci dans un rapport d’infériorité difficilement surmontable. Même s’il est intelligent et doué d’esprit critique tel que le loue et l’inculque l’école, c’est-à-dire exercé sans transgresser ses dogmes.
La raison en est que le professionnel qui l’a rédigé va utiliser contre ce lecteur, pour en contrôler la pensée et, partant de là, le comportement, un armement non conventionnel que, non seulement notre lecteur ne verra pas, mais, mieux encore, qui va l’installer durablement dans un état d’auto-complaisance subliminale faisant de lui un désinformateur potentiel. En effet, dès qu’il en aura l’occasion, il trouvera valorisant de railler lui aussi ces déséquilibrés - ce que, Dieu merci, lui n’est pas - de « conspirationistes ».
Avant de rentrer dans l’analyse du texte, il faut bien réaliser que la dialectique marxiste de laquelle il relève en grande partie, ne reconnaît en rien le vrai et le faux comme des catégories recevables. On ne trouvera pas là la réfutation pied à pied d’une thèse : « ceci, je le concède, cela je le nie car, etc. ». Non, c’est d’un combat qu’il s’agit. Les mots et les phrases ne sont pas ordonnées à la recherche de la vérité mais à frapper et atteindre un objectif de guerre. Cette logomachie, popularisée par les duels télévisés entre hommes politiques, est maintenant tellement acceptée et pratiquée par tous que bien peu de ceux qui l’ont lu ont dû remarquer que cet article de défense de la version officielle du 11-9, et, à travers elle, de toute version officielle[1], ne contient absolument aucun argument objectif pour étayer sa thèse, aucune réfutation, même superficielle, des allégations « complotistes ». Il ne renvoie à aucune étude précise. Dans le cas présent, il s’agit ici à la fois de décrédibiliser et d’intimider tous ceux qui contestent en quelque façon la version officielle des évènements du 11 septembre, et plus généralement, tous ceux qui, malgré l’abrutissement ambiant, trouvent certains « hasards » peu stochastiques, certaines affirmations des médias invérifiables, certains évènements trop providentiels, certains refrains trop entendus, bref, certaines couleuvres trop grosses pour être avalées.
Le titre, « Le 11-septembre n’a pas eu lieu » est censé résumer le discours des complotistes. C’est bien-sûr un mensonge grossier puisqu’il transforme la contestation de la thèse officielle en une négation pure et simple, évidemment absurde. C’est la même glissade sémantique que celle qui confond en une ignominie unique le « révisionnisme », c’est-à-dire la mise en discussion des contours d’une réalité qu’on ne conteste pas avec sa négation brutale ou « négationnisme ». Cette assimilation inique est évidemment destinée à clouer au pilori les esprits exigeants avant même qu’ils n’aient eu le temps d’ouvrir la bouche. Il ne fait d’ailleurs guère de doute que l’auteur cherche à établir une association entre ce prétendu négationnisme et un autre qu’il est inutile de préciser, de manière à activer par cette discrète allusion un réflexe de rejet sans examen dont les ressorts ont été bandés de longue date. Naturellement les gens équilibrés et cultivés ne verront dans ce titre que la parodie de celui d’une pièce de Giraudoux. On a là un discret clin d’œil de connivence signifiant une appartenance au même monde qui a déjà pour effet de faire abaisser les défenses du lecteur.
Le sous-titre, « La blogosphère est fascinée par les complots », semble nous fournir la source - unique - d’un délire qui touche des monomaniaques sous hypnose. Cette source, c’est la « blogosphère », monde bizarre d’intoxiqués qui étalent et font partager leurs délires sur l’Internet, dévalorisé pour l’occasion. Mais vérité d’aujourd’hui, fausseté demain. Cette « blogosphère » n’est pas fascinée par un complot particulier, mais bien par les complots en général, ce qui montre le déséquilibre pathologique de ses membres, qu’il conviendra peut-être de « soigner » un jour comme savait si bien le faire l’U.R.S.S..
On commence par reconstruire les dires de l’ennemi pour mieux le détruire[2]. Il convient ici de préciser à qui l’ignorerait qu’il existe, non pas une, mais des thèses contestant la version officielle des évènements du 11-9.
Il y a d’abord celle qui, par le simple usage de l’intelligence inductive et du bon sens affirme qu’il y a trop d’invraisemblances dans les explications officielles pour qu’elles soient sincères et véritables. Cette thèse minimale ne propose pas de scénario, c’est la plus prudente et elle est d’ailleurs presque suffisante pour en conclure au mensonge et retirer sa confiance aux dirigeants des pays occidentaux et à leurs stipendiés.
Ensuite, il y a quelques théories qui correspondent à des scénarios imaginés logiquement à partir de données publiques que l’on peut considérer comme fiables. Bien que l’exercice reste assez risqué, il faut savoir que certains vrais spécialistes, pensent que les Twin Towers n’ont pu s’écrouler sous le seul impact d’un avion de ligne, mais seulement sous l’effet de charges explosives judicieusement disposées dans les édifices et mises à feu au moment de la collision[3]. Contrairement à ce que laisse entendre l’auteur de l’article pour les ridiculiser, les partisans de cette thèse ne nient nullement qu’un avion, vu et filmé par de nombreux témoins, ait percuté une tour. En ce qui concerne le Pentagone, on aurait aimé que M. Le Gendre, plutôt que de nous proposer une association entre les contestataires et les inventeurs de Martiens, pallie la carence des documents officiels et nous explique lui-même certaines bizarreries objectivement constatables, quoique doute ignorées par beaucoup de ses lecteurs. Ce sont ces bizarreries, notamment les caractéristiques du trou - quasi-chirurgical - dans le bâtiment et la rareté apparente des débris, qui autorisent logiquement ces mêmes partisans de la thèse avec scénario modérée à émettre l’hypothèse qu’un missile ait pu frapper le bâtiment.
Enfin, il y a des théories qui incorporent des faits indiscutables, d’autres absolument invérifiables par le citoyen lambda, des faits et gestes allégués de personnalités, des hypothèses, etc., le tout souvent présenté de façon professionnelle et l’on peut alors effectivement en placer certaines au même niveau de crédibilité que la version officielle. Quelle foi accorder à un prétendu atterrissage discret à Cleveland sur un centre de recherche désaffecté de la Nasa, digne d’un film d’espionnage ? C’est peut-être vrai, mais, encore une fois invérifiable par un parisien ou un bordelais ordinaire. Il est d’ailleurs permis de se demander qui est derrière ce genre de site car il est clair qu’ils servent objectivement l’« anticomplotisme ». Eh bien, c’est précisément la production d’une officine diffusant superbement des productions de ce type que Bertrand Le Gendre désigne aux fidèles du Monde comme la seule source des divagations de la « blogosphère » ! Il incite même ses cultivés lecteurs au divertissement en se gaussant des analphabètes qui fréquentent les forums. De plus, ces mêmes lecteurs, une fois connectés, ne vont pas se limiter à la source proposée et vont tenter d’élargir leurs recherches. Il y a toute chance qu’après avoir erré de site en site, de forum en forum, ils vont éteindre leur ordinateur, conclure qu’il s’agit d’une affaire de fous - il s’en rencontre effectivement - et revenir aux rassurants propos de l’auteur. C’est la technique du fil de fer si bien exposée par V. Volkoff dans Le montage.[4]
M. Le Gendre nous propose un mobile de type nationaliste et dictatorial au sens naïf, celui qui est répandu par les instruments de la « culture » et popularisé par de nombreux films, souvent comiques : « garder son emprise sur le pays ». Mais n’en rions pas car nous risquerions de ne pas apercevoir une association aussi habile qu’indue avec une réalité dont, heureusement beaucoup de gens se sont rendu compte, à savoir l’utilisation des évènements du 11-09 pour justifier l’invasion de l’Iraq et de l’Afghanistan et les génocides[5] qui en ont découlé. La charité impère ici d’apprendre aux fidèles du quotidien vespéral que la finalité ultime des évènements du 11-9 et de tant d’autres n’est en rien d’ordre nationaliste ni mercantile mais, tout à rebours, de briser les derniers points de résistance à la soumission à un gouvernement mondial qui existe déjà occultement, nécessairement totalitaire.
La référence aux « grandes mystifications de l’histoire » semble aller à contre-emploi. En fait, on ne sait pas exactement si l’auteur les considère comme une réalité ou une fiction, encore que les termes employés (« exploité », « monté en épingle ») suggèrent plutôt une utilisation opportune d’évènements accidentels. On peut alors penser, sans certitude, que ces quelques lignes sont destinées à donner une apparence d’objectivité à l’article. Mais elles peuvent encore s’expliquer par l’occasion ainsi donnée de faire figurer dans le texte le hot-word[6] « Hitler », même si, en lisant le texte, on comprend que le führer aurait plutôt été du côté des anti-complotistes ! Vérité d’aujourd’hui, …
Les gens sérieux doivent-ils tâcher d’étudier d’un peu près la question pour savoir à quoi s’en tenir, tenter d’évaluer les arguments des contestataires, les réfuter le cas échéant ? Non ! surtout pas, car ce faisant, on serait amené à les faire sortir de l’ombre, ce qu’il faut éviter à tout prix pour ne pas entraver la stratégie d’étouffement et de décrédibilisation qu’on leur oppose. Circulez, il n’y a rien à voir ! On croyait savoir que les « irrationnels » - autre hot-word, bien que moins prégnant que le précédent - sont ceux qui ne veulent pas chercher à comprendre, mais non, c’est le contraire !
On connaissait « l’anticommunisme primaire »,
cette arme de l’arsenal logomachique qui disqualifiait sans appel celui qui en
était taxé et qui, bien-entendu, le niait aussitôt avec vigueur, eh bien voici
l’« anti-américanisme viscéral ». Mettre en doute la thèse
officielle américaine, relayée par l’occident et ses caisses de résonance,
c’est faire de l’« anti-américanisme viscéral », et bien-entendu
- plus classique mais toujours aussi efficace -, de « l’antisémitisme
voilé ». Vous en voulez la preuve ? La voici. La blogosphère
conspirationniste accuserait « le propriétaire des tours jumelles, Larry
Silverstein, de s'être enrichi à bon compte grâce aux polices d'assurance souscrites
par ses soins ». Nouvelle imposture : ce qui est curieux, ce n’est
pas qu’un spéculateur, fût-il auvergnat ou magyare, manœuvre pour recevoir des
milliards d’une compagnie d’assurance, c’est que le contrat ait été signé
seulement sept semaines avant l’écroulement des tours. Mais ça, les fidèles du
célèbre quotidien du soir ne l’apprendront pas en lisant l’article.
L’objet de ces
quelques lignes n’était absolument pas d’exposer, même très brièvement les
raisons (et non les déraisons) qui font qu’il est moralement permis de mettre
en doute la version officielle des évènements du 11-9, mais simplement de
montrer quelques-unes des ficelles utilisées par « les médias
installés » et « les élites » pour anesthésier les populations
pendant que les dites élites se livrent à des actes qu’elles réprouveraient et
contre lesquels elles se révolteraient si elles en étaient informées.
Non messieurs, ce n’est pas parce que nous nous mirons complaisamment dans le miroir nauséabond des anti-ismes de toute espèce que nous ne vous croyons pas, c’est parce qu’il est patent, pour qui ne s’est pas encore délesté de toute son intelligence pour un plat de lentilles, celui du narcissisme et du sensualisme[7] que vous nous proposez à longueur de pages et d’année, qu’un chameau ne peut passer dans le chas d’une aiguille.
Pour conclure cette brève recension, il convient de remarquer que l’homme qui refuse de jeter par dessus bord sa raison, doit en toute chose chercher à éviter le mal et à faire le bien. Mais il ne peut jamais déterminer ses actes qu’à partir de ce qu’il connaît. Or, ses connaissances sont soit élaborées par son intelligence à partir des données recueillies par ses sens[8], soit d’origine extrinsèque, reçues. Ces dernières ne sont alors que des connaissances probables, affectées d’un certain degré de probabilité dépendant de la confiance accordée à la source, degré de probabilité qu’il convient d’apprécier avant de décider et d’agir.
Tenter d'évaluer la part de vérité contenue dans les monceaux d’informations que les médias nous déversent quotidiennement est donc un devoir moral impératif, car, d’une façon ou d’une autre, nos actes les plus concrets vont dépendre du résultat de notre estimation : doit-on ou non voter ? Doit-on ou non se faire vacciner contre la grippe A ? etc.
Or, un article comme celui que nous venons d’examiner, alors même qu’il se réclame de la Raison majusculaire, a précisément pour objet de nous empêcher de procéder à une évaluation raisonnée des vérités officielles relatives aux évènements du 11-9 et plus généralement de tous autres du même ordre. La technique employée pour détourner l’intelligence qui pourtant tend naturellement vers la recherche de la vérité se résume en ces deux volets :
- Si tu cherches à savoir, nous ferons que le monde se rie de toi, tu seras ridiculisé et on te montrera du doigt. En attendant peut-être même pire.
- Si au contraire, tu participes à notre entreprise de désinformation, au moins passivement, tu seras du côté des rieurs et tu te complairas secrètement en toi-même.
Mais pour être efficace, ce discours doit rester subliminal, c’est-à-dire en dessous du seuil de la conscience.
[1] Bien-sûr, il est publié à une date anniversaire des événements, mais il est permis de penser qu’il est particulièrement utile dans la période actuelle, si riche en versions officielles présentes et à venir (grippe A, affaires, etc.).
[2] La méthode est aussi vielle que le monde, mais en voici un autre exemple récent. Le 25 octobre 2005, « les médias installés » claironnent que le président iranien avait déclaré qu’Israël devait être rayé de la carte, information régulièrement répétée depuis, y-compris par l’homme de la rue qui y trouve son compte en se posant ainsi du côté des gentils. En réalité, Ahmadinejad avait dit que le « régime actuellement au pouvoir à Jérusalem devait disparaître de la page du temps ». Ce n’est en rien préférer un dictateur à un autre que de le faire remarquer mais simplement aimer la vérité.
[3] Nous l’avons entendue exposée de vive voix par un ancien ingénieur militaire, polytechnicien, spécialiste des explosifs, qui n’a rien d’un fabuliste.
[4] Étudier sérieusement ce genre de question exige une longue formation qui, si elle est a priori à la portée de beaucoup, reste cependant le fait d’un petit nombre car seuls l’amour de la vérité et l’oubli de soi-même peuvent en faire accepter l’ascèse. Utiliser Internet, oui, bien-sûr, on peut y trouver des perles rares, mais au milieu de plantes empoisonnées.
[5] Les chiffres officiels portant sur le nombre de morts consécutifs aux attaques anglo-américaines dans ces deux pays, sont très largement sous-estimés, comme on peut en avoir une idée en consultant d’autres sources que les « médias installés » et considérant les effets des armes de destruction massive employées comme les bombes à effet de souffle et privation d’oxygène ou encore les munitions à uranium appauvri dont les effets perdurent encore aujord’hui.
[6] Un hot-word est un mot inculqué durant des années en l’associant toujours avec l’idée de quelque chose d’horrible, de dégradant, de douloureux, ou au contraire de grand, d’honorifique, d’agréable. Une fois cette programmation établie, il suffit, le moment venu, d’évoquer le hot-word en question pour provoquer automatiquement un réflexe d’horreur et de répulsion, ou au contraire une bouffée de bien-être et d’autosatisfaction chez ceux chez qui le hot-word a été gravé. L’usage des hot-words relève du contrôle des individus par le behaviorisme, qui ravale l’homme à une bête déterminant uniquement ses actes en fonction du plaisir ou de la douleur.
[7] Le sensualisme est ici pris dans ses deux sens :
a. — Il désigne une doctrine erronnée dont le chef de file historique fut Condillac et qui nie la capacité de l’intelligence humaine à élaborer des concepts par abstraction à partir du réel perçu par les sens et à travailler sur ces concepts par réflexion pour découvrir des vérités non évidentes. Pour les sensualistes, toute la vie intellectuelle s’explique par « la sensation » qui se transforme elle-même et se combine avec d’autres, devenant ainsi souvenir, plaisir, douleur, attention, idées, jugements, raisonnements, etc. En bref, il n’y a pas de vérité objective, il n’y a que du ressenti.
b. — Il désigne un amour déréglé pour les plaisirs des sens.
[8] On fait abstraction ici des connaissances de foi.