R.P. Réginald
Garrigou-Lagrange, O. P., L’amour de Dieu et la croix de Jésus, Éditions
du Cerf, Juvisy, 1929, pp. 263 sqq.
La typographie originale
a été conservée dans la mesure du possible.
CHAPITRE V
L'Amour de Dieu et le Corps
mystique du Christ
Multi unum corpus sumus in Christo, singuli autem alter alterius
membra. (Rom., XII, 5.)
L'Église fondée par Notre-Seigneur est une société extérieure,
visible, hiérarchique, dans laquelle l'autorité suprême appartient au
successeur de Pierre, société qui a pour mission de conserver et de répandre
la doctrine évangélique et de sanctifier les fidèles par l'administration
des Sacrements, l'oblation du Saint-Sacrifice, et la direction des âmes. — Les
protestants, qui ne veulent pas admettre la hiérarchie visible de l'Église,
méconnaissent les paroles de Jésus : « Tu es Pierre, et sur celle pierre je
bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle[1].
» « J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne défaille pas, et pour que, une
fois converti, tu affermisses les frères[2].
» Après la Résurrection il fut aussi dit à Pierre : « Pais mes agneaux...
Pais mes brebis[3]. » Pierre a
été ainsi constitué Pasteur suprême, Vicaire de Jésus-Christ, et ces paroles
divines ont été dites pour lui et pour ses successeurs jusqu'à la fin des temps
: « portae inferi non praevalebunt ».
Mais l'Église, tout en étant visible par son côté extérieur, est une
société spirituelle essentiellement ordonnée à la vie de l'éternité ; comme
dit saint Paul, elle est un corps mystique, dont les membres sont unis
par la vie surnaturelle au Saint-Esprit, qui est l'âme de ce corps, au Christ,
qui en est à la tête, en communion avec les âmes du purgatoire et les saints du
ciel. C'est là une doctrine des plus fondamentales et des plus sublimes de
notre sainte religion. Essayons de la rendre saisissable, et voyons : 1° Ce
qu'est le corps mystique du Christ ; 2° Comment se fait l'incorporation des
fidèles au Christ, quel est le rapport des membres à la tête ; 3° Qu'est-ce que
la Communion des Saints, ou quel est le rapport des membres entre eux, et
comment tout concourt dans ce corps spirituel au progrès de l'amour de Dieu.
***
Qu'est-ce que le Corps mystique du Christ ?
Cette expression, si souvent employée par saint Paul, montre la
ressemblance de l'Église avec notre corps physique, ou avec un corps moral,
comme une famille ou une patrie. (Cf. I Cor., XII, 27 ; Eph., IV, 15-16 ; VI,
5 ; Col., IV, 18-19, etc..)
Notre corps physique est un assemblage d'organes et de membres
qu'anime un même principe, l'âme, dont les plus hautes fonctions s'exercent
dans la tête, qui voit, entend, dirige les membres et transmet l'influx nerveux
à tout l'organisme. Les organes ne forment réellement un corps, que parce
qu'ils sont vivifiés par la même âme et réunis vitalement à la tête. Lorsque,
avec la vieillesse, l'organisme s'use, on remplace en lui ce qui est détérioré
par des instruments artificiels, qui ne font point partie du corps de l'homme,
car ils n'en reçoivent pas l'influx vital.
Dans un corps moral, comme une famille ou une patrie, il y a aussi
des membres, animés d'un même esprit de famille où d'un même esprit national et
groupés sous la direction d'un chef ou d'une tête. Dans une famille, le père,
la mère, les enfants, forment un ensemble dont toutes les parties sont unies
par les liens du sang, de l'affection, de l'intérêt commun, de l'honneur, des
ancêtres, du nom, de la ressemblance. Ces liens sont en même temps des
principes vitaux, qui animent tout. La famille forme vraiment un corps moral
dans lequel on vit d'affection, de dévouement, de souvenirs, de tout ce qui
unit. — II doit en être de même dans la patrie, dont nous sommes les débiteurs
selon son excellence et les bienfaits de toutes sortes que nous avons reçus
d'elle. « Après Dieu, dit saint Thomas, c'est à nos parents et à la patrie que
nous devons le plus » (IIa IIae, q. 101, a. 1). Le vrai patriotisme est la
vertu morale de piété filiale, qui, sous la lumière de la foi surnaturelle et
de la prudence chrétienne, est, comme chez un saint Louis, chez une sainte
Jeanne d'Arc, une vertu infuse, parfaitement subordonnée à l'amour de Dieu et
de tous les hommes en lui.
L'Église forme un corps supérieur encore, qui réunit les âmes et les
patries pour les introduire dans le royaume de Dieu. Ce corps supérieur est
appelé corps mystique. Pourquoi ? Parce que, dans l’Église, le
principe qui anime tout est essentiellement mystérieux, infiniment
supérieur et infiniment plus unitif que l'âme de notre corps, ou que l'esprit
d'une famille ou d'une nation. L'âme du corps mystique est le Saint-Esprit
sanctificateur, qui habite dans toutes les âmes justes, mais qui exerce ses
fonctions les plus hautes par l’humanité du Christ. Le Saint-Esprit est
la source des grâces, il répand la charité dans les cœurs, mais toujours par
l’intermédiaire de la sainte âme du Sauveur, qui est vraiment comme la tête
du corps mystique. Jésus a en effet reçu la plénitude de la grâce
sanctifiante, qui est ordonnée à la sanctification de toute l'humanité. Nous
entrons dans ce corps par le baptême, en nous appliquant les mérites du
Sauveur, nous remet le péché originel et nous fait enfants de Dieu[4].
Il y a dans ce corps mystique une grande diversité, mais une très
profonde unité, c'est ce qui en fait l'harmonie.
La diversité est celle
des nations et des races les plus différentes, groupées par le baptême sous un
seul Esprit, sous un seul chef. Saint Paul dit : « Soit juifs, soit grecs, soit
esclaves, soit libres, tous nous avons été abreuvés d'un seul Esprit. Ainsi le
corps n'est pas un seul membre, mais il est formé de plusieurs » (I Cor., XII,
13). C'est pourquoi, à la Pentecôte, les Apôtres parlent miraculeusement
plusieurs langues inconnues, pour montrer que l'Évangile devait être prêché à
toutes les nations malgré les différences de races, de coutumes, de mœurs,
d'institutions.
La diversité est aussi celle des fonctions. Ainsi saint Paul, ibid.,
et Ephésiens IV, 2, décrivant les détails de ce corps mystérieux, nous parle
des fonctions subordonnées des yeux, des mains, des pieds. Ces derniers
symbolisent ceux qui, dans la vigne du Seigneur, sont voués à la vie active ;
le pied ne peut dire : « puisque je ne suis pas main, je ne suis pas du corps.
» La main ne doit pas non plus vouloir faire la fonction des yeux. Que serait
un corps sans la diversité des fonctions, un corps humain dans lequel tous les
membres auraient la dignité de l'œil ? mais l'œil lui-même ne pourrait exister.
L'unité la plus
profonde règne et doit régner de plus en plus dans cette diversité. Tous les
chrétiens sont parents, frères, membres d'un même corps. Ces membres sont ou doivent
être unis bien plus étroitement encore qu'on ne l'est dans une famille humaine.
II doit y avoir entre eux, comme on l'enseigne communément, unité de foi,
unité d'obéissance à la hiérarchie, unité de culte, surtout par la
sainte messe, unité de nourriture par la communion, unité de vie,
puisque chacun doit se nourrir de Jésus-Christ ; unité de sentiments,
d'affection, d'intérêts supérieurs et éternels, d'espérance et de charité.
Tous ayant à vivre de la grâce et plus tard de la gloire, il y a aussi pour eux
unité de fortune, les mérites du Christ, et unité d'héritage, la
vie éternelle.
Ainsi donc, comme nos membres forment un corps physique, de même
tous les fidèles, unis dans la foi, l'espérance et la charité, forment le
corps mystique de Notre-Seigneur; ils sont ses membres ; bien plus, ils sont les
membres les uns des autres, « singuli autem alter alterius membra »
(Rom., XII, 5), comme les doigts de la main se prêtent un mutuel secours.
***
Comment se fait l'incorporation au Christ ?
Jésus a dit : « Je suis la vigne dont vous êtes les rameaux ; celui
qui reste en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit » (Jean, XV,
5). Il pria son Père avant la Passion en disant : « Qu'ils soient un comme
vous, mon Père et moi nous sommes un ; la lumière que vous m'avez donnée, je la
leur ai donnée, pour qu'ils soient un, comme nous sommes un » (Jean, XVII, 21).
Saint Paul (Rom., VI, 5) dit aussi que l'incorporation au Christ se
fait par une union semblable à la greffe, qui mêle intimement deux vies jusqu'à
les confondre, et qui absorbe dans la vie du tronc celle du rameau greffé. « Si
la racine est sainte, les branches le sont aussi. Si une branche d'olivier
sauvage a été entée sur l'olivier franc, elle participe à sa sève » (Rom. XI,
16-24).
Les chrétiens vivent d'une vie nouvelle ; le Christ vit en eux par la
foi. Il doit être le principe de leurs pensées, de leurs paroles, de leurs
actes. Voyons comment le Christ exerce ses fonctions de tête de l'Église, et
comment les membres de son corps sont de plus en plus vivifiés par lui.
Jésus a tout d’abord exercé ses fondions de tête de l'Église en
méritant et satisfaisant pour nous.
Les mérites du Sauveur avaient une valeur infinie, parce qu'il était le Verbe
fait chair, et Il a pu nous communiquer ces mérites en stricte justice,
parce qu'il était constitué tête de l'humanité. De même qu’autrefois,
Adam, constitué tête de l’humanité, nous a fait perdre par son péché la vie de
la grâce, ainsi la justice ou sainteté de Jésus a pu se répandre sur nous et
rendre à tous la vie surnaturelle. La substitution du Christ mourant pour nous
s'explique admirablement à la lumière de cette doctrine révélée : Jésus a reçu
la grâce capitale, qui le constituait tête de l'humanité, et devait se
déverser sur ses membres. De sa plénitude nous avons tous reçu » (Jean, I, 16)
« Dieu l'a donné pour chef suprême à l'Église, qui est son corps »
(Ephés., I, 23).
Jésus exerce encore ses fonctions de tête ou chef de l'Église, en
intercédant pour nous et en nous communiquant les grâces qu’il nous a méritées
sur la Croix. Il nous les
communique comme l'instrument animé toujours uni à la divinité, source de toute
grâce. Ainsi dans notre corps, la tête communique aux membres l'influx vital,
qui a son principe dans l'âme. — Pour le bien entendre, il faut distinguer en
Notre-Seigneur sa divinité et son humanité.
Jésus, comme Verbe,
habite ainsi que le Père et le Saint-Esprit au plus intime de notre âme ; II
est plus intime à elle qu'elle-même, lui conserve sa vie naturelle et
surnaturelle, et la porte par la grâce opérante aux actes les plus profonds,
les plus secrets, qu'elle ne pourrait produire d'elle-même (Ia IIae, q. 111,
a. 2).
Quant à l'humanité du Sauveur, elle est, dit saint Thomas
(IIIa, q. 43, a. 2, q. 48, a. 6), l'instrument toujours uni à la divinité par
lequel toutes les grâces nous sont communiquées. De même que les sacrements,
l'eau du baptême par exemple et la formule sacramentelle, sont cause physique
instrumentale de la grâce sacramentelle, en ce sens que Dieu se sert de cette
eau et de cette formule, leur communique une vertu divine transitoire, pour
produire cette grâce (IIIa, q. 62, a. 4) ; ainsi l'humanité du Sauveur et
surtout les actes de sa sainte âme sont cause physique instrumentale de
toutes les grâces que nous recevons, soit par les sacrements, soit en dehors
d'eux.
Un grand artiste comme Beethoven se sert d'un instrument pour nous
transmettre sa pensée musicale, un grand penseur a son style à lui, sa langue
spéciale qu'il manie à son gré pour s'exprimer; de même Dieu a ses instruments
pour la production des effets proprement divins qui ne relèvent que de lui. Les
sept sacrements sont ainsi comme les cordes d'une lyre que lui seul sait
animer, surélever par sa touche divine; quant à l'humanité du Sauveur, elle est
un instrument conscient et libre toujours uni à la divinité pour la production
de tout effet surnaturel quel qu'il soit. Les grâces que Jésus nous a méritées
sur la Croix, il nous les communique ainsi. Toute illumination de
l'intelligence, toute grâce d'attrait, de consolation ou de force nous est
transmise ainsi par la sainte âme du Sauveur. C'est pour chacun de nos actes
salutaires une influence constante, beaucoup plus profonde que celle qu'exerce
la meilleure des mères sur son enfant, lorsqu'elle lui apprend à prier. Les
tressaillements du Sacré-Cœur, les pensées et les désirs de l'âme de Jésus nous
transmettent chaque jour la vie surnaturelle. Et comme des grâces toujours
nouvelles sont incessamment accordées aux âmes, il y a une activité du Christ
qui ne cesse pas.
Cette activité du Sauveur transmet aux infidèles les lumières de la
foi, aux pécheurs la contrition qui justifie, aux justes la charité
persévérante, aux âmes du purgatoire l'indulgence qui délivre, aux saints du
ciel la gloire qui est le couronnement de la grâce. — Jésus, au cours des âges,
éclaire ainsi et réchauffe tout ce qui vit surnaturellement. Il est le soleil
spirituel des âmes, toujours le même au-dessus des générations qui passent. Son
influence s'exerce surtout par le Sacrifice de la Messe, qui perpétue en
substance celui de la Croix jusqu'à la fin des temps. C'est le sacrifice
unique, non pas précisément renouvelé, mais continué en substance (idem nunc
offerens), perpétué en quelque sorte au-dessus du temps, et appliqué aux générations
qui se succèdent ; il est comme la source d’eau vive intarissable, à laquelle
tous peuvent et doivent venir se désaltérer. Mais l’influence du Sauveur pas
restreinte au sacrifice de la messe et aux sacrements ; il est des peuples qui
ne connaissent encore ni l'Eucharistie, ni le baptême, ni l'absolution, il n'en
est pas qui soient entièrement soustraits à l'influence du Verbe fait chair;
les peuples les plus dégradés reçoivent du Christ des éclairs surnaturels, des
grâces actuelles ordonnées au salut[5].
Vraiment le Christ exerce sans discontinuer cette influence de la
tête sur le corps tout entier.
Et de même que la Vierge corédemptrice nous a mérité d'un mérite de
convenance tout ce que le Christ nous obtenait en stricte justice, ainsi
transmet-elle toutes les grâces que nous recevons; elle est comme le cou
virginal qui unit le chef aux membres, les Pères disent qu'elle est l'aqueduc
des grâces. Le Bx Grignon de Montfort surtout a mis cette doctrine en vive
lumière.
***
Si telle est l'influence de Jésus et de Marie dans le corps mystique,
comment les membres reçoivent-ils la vie ? Ils la reçoivent par une sanctification
progressive.
Le baptême leur donne la vie de la grâce et efface le péché originel
en remettant la peine capitale due au péché. Si l'on meurt sitôt après le
baptême, on va au ciel tout droit; l'âme jouit de la suprême béatitude en attendant
que le corps lui-même soit ressuscité et glorifié. Si, après le baptême, l'âme
retombe dans le péché, pour obtenir le pardon de la faute elle doit l'avouer et
s'en repentir, et s'il y a dans sa contrition une charité intense, elle peut
même obtenir la remise de toute peine, parce qu'elle s'approprie, par l'amour
et la douleur du péché, les mérites et satisfactions du Christ Jésus.
L'Eucharistie surtout nous fait parvenir à cette conformité de volonté avec le
Sauveur. Mais la délivrance du péché, pour être parfaite, et l'incorporation au
Christ, pour être intime, doit suivre les trois phases de la vie purgative,
illuminative et unitive. Avant de nous communiquer la vie glorieuse, Jésus
nous communique la vie de la grâce qu'il vécut ici-bas au milieu des luttes.
Il faut d'abord, dit saint Paul, mourir de plus en plus à l'homme
terrestre, « dépouiller le vieil homme, pour que nous ne soyons plus esclaves
du péché » (Rom., VI, 6). — « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais
transformez-vous par le renouvellement de l'esprit, afin que vous éprouviez
quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, ce qui lui est agréable, ce qui
est parfait » (Rom., XII, 2). — « Ceux qui sont à Jésus-Christ ont crucifié la
chair avec ses passions et ses convoitises. Si nous vivons par l'esprit,
marchons aussi par l'esprit » (Gal., V, 24). — Les Apôtres, dans l'exercice de
leur ministère, sont persécutés, « portant toujours avec eux dans leur corps
la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus soit aussi manifestée en eux » (II
Cor., IV, 10). Ces idées, répétées par saint Paul sous les formes les plus
diverses, sont un des points fondamentaux de la doctrine spirituelle, qui est
le commentaire de celle du Maître : « Qui sacrifie sa vie la retrouve
transfigurée. Si le grain de froment ne vient à mourir, il reste seul ; s'il se
corrompt, il porte beaucoup de fruits. »
Ainsi purifié, le chrétien « doit se revêtir de l'homme nouveau »
(Coloss., III, 3-17), qui s'éclaire et se renouvelle sans cesse à l'image de
son Créateur : « Revêtez-vous d'entrailles de miséricorde, de bonté,
d'humilité, de douceur, de patience, vous supportant les uns les autres et
vous pardonnant réciproquement, comme le Seigneur vous a pardonnes. Mais
surtout revêtez-vous de la charité, qui est le lien de la perfection. » — II
faut imiter Jésus et ceux qui Lui ressemblent, il faut avoir ses sentiments,
prendre l'esprit de ses mystères, de sa Passion, de son crucifiement, de sa
mort, de sa sépulture, de son ascension. Ainsi saint Paul souffre-t-il les
douleurs de l'enfantement, jusqu'à ce que le Christ soit formé dans l'âme des
fidèles, jusqu'à ce que leur âme soit éclairée de la vraie lumière de vie.
Enfin l'âme ainsi éclairée et configurée au Christ doit vivre en
union continuelle avec Notre-Seigneur. Col. m, 1-4 : « Si vous êtes ressuscites
avec le Christ, recherchez lés choses d'en haut, où le Christ demeure assis à
la droite de Dieu : affectionnez-vous aux choses d'en haut, et non à celles de
la terre, car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu.
» — Col., III, 15 : « Et que la paix du Christ, à laquelle vous avez été
appelés de manière à former un seul corps, règne dans vos cœurs ; soyez
reconnaissants. Que la parole du Christ demeure en vous avec abondance, de
telle sorte que vous vous instruisiez et vous avertissiez les uns les autres
en toute sagesse; sous l'inspiration de la grâce, que vos cœurs s'épanchent en
Dieu, en chants, par des psaumes, des hymnes et des cantiques spirituels. Et
quoi que ce soit que vous fassiez, en parole ou en œuvre, faites tout au nom du
Seigneur Jésus, en rendant par Lui des actions de grâces à Dieu le Père. » —
Col., III, 4 : « Et quand le Christ, votre vie, apparaîtra, alors vous
apparaîtrez vous aussi avec lui dans la gloire. »
Ainsi, par une sanctification progressive, chaque membre du Christ
doit recevoir la vie surnaturelle, jusqu'à ce qu'il arrive à l'âge parfait.
***
La Communion des Saints
Une des principales conditions de la vie d'un corps, c'est l'union
des parties et leur solidarité.
Dans le corps humain, chaque membre ou organe profite de l'activité
des autres. Le cœur ne pourrait faire circuler le sang, si ce sang ne se
renouvelait pas par la respiration dans les poumons; et la respiration serait
elle-même impossible, si le cœur cessait de battre. Si un organe fonctionne
bien, les autres, bien nourris à leur tour, exercent mieux leurs fonctions ;
mais, par contre, si un membre ou un organe est malade, tout le corps souffre;
si l'estomac est mauvais, et le sang et la bile et le cœur s'en ressentent.
Dans tout corps moral, on constate le même phénomène. Qu'un membre
d'une famille se déshonore, voilà la famille entière dans la honte. Elle est,
au contraire, ravie de joie si l'un des siens se couvre de gloire.
Cette solidarité est dans le corps mystique du Christ bien plus
étroite que partout ailleurs. La Communion des Saints est une mystérieuse
communauté de vie et d'intérêts, en vertu de laquelle ce que fait et ce que
possède un membre de l'Église rejaillit sur tous les autres.
Dans cette communication mystérieuse, la partie principale est le
commerce divin de Dieu et des âmes par le Christ.
La Trinité Sainte est source de toute la vie surnaturelle, qui,
comme un fleuve d'eau vive, descend par le Christ sur tous les bienheureux du
ciel, sur les âmes du purgatoire, sur tous les chrétiens de la terre, et fait
sentir son influence jusque sur les infidèles. — Ensuite ce fleuve de vie
divine remonte vers le Christ et vers la Sainte Trinité sous forme de prière,
de mérite, d'adoration et d'action de grâces.
De même au point de vue de l'expiation : Tout ce que nous avons fait
de péchés s'est trouvé transporté sur la tête du Sauveur, et toute la valeur de
son expiation et de, ses mérites est devenue notre propriété. Chaque lois qu'un
péché nous est pardonné, qu'une grâce nous est accordée, c'est en vertu de la
communion du Saint des Saints avec nos âmes.
Il y a aussi communion des membres entre eux : ils se partagent leurs
biens. Les Saints du ciel intercèdent pour nous, et reçoivent par notre
vénération une gloire accidentelle, qui est comme un rayon de plus à leur
auréole.
Nous gagnons des indulgences, faisons dire des messes, offrons des
sacrifices pour les âmes du purgatoire, et en retour nous serons récompensés de
cette charité. Le père et la mère défunts sont ainsi assistés par leurs enfants
encore vivants ici-bas, et le Seigneur bénit cette assistance. Enfin tous les
membres de l'Église militante, qui font ensemble ici-bas leur voyage vers
l'éternité, peuvent s'entraider. Les vertus et les prières de l'un attirent sur
l'autre la divine miséricorde, comme les larmes de sainte Monique obtinrent la
conversion de saint Augustin.
***
Mais aussi, il faut bien le dire, les crimes des méchants font
parfois parvenir jusqu'aux justes l'effet des vengeances divines : l'école
athée empêche l'âme de l'enfant de s'ouvrir aux choses de Dieu, lui fournit
tous les moyens de se pervertir, elle facilite le vice et rend difficile la
vertu. Il en est ainsi de toutes les lois impies ; d'où la nécessité de la
réparation.
Le mal d'ailleurs ne se trouve pas seulement chez les ennemis de
l'Église, il cherche à pénétrer en elle. Celle-ci n'est pas seulement, comme
l'ont cru certains hérétiques, la société spirituelle des justes prédestinés ;
elle contient des pécheurs même parmi ses ministres. Leurs fautes et celles des
fidèles déforment extérieurement les traits de l'Épouse du Christ, est-il dit à
sainte Catherine de Sienne[6],
« mais la lumière et la grâce qu'elle donne ne cessent pas pour cela d'être
divines[7]
». « Le péché du ministre ne corrompt, ni ne souille le Sang, il ne diminue pas
sa grâce ni sa vertu[8].
» « II ne peut en rien affaiblir ou diviser le mystère du Sacrement. Il ne doit
pas diminuer non plus les hommages qui sont dus au prêtre, non à raison de sa
personne, mais à cause de l'autorité qu'il a reçue de Dieu et pour le trésor du
Sang dont il a la garde[9].
» — II reste cependant qu'il faut ici aussi une réparation, comme le disait le
Seigneur à la Vierge de Sienne : « C'est vous que j'ai chargés de travailler au
salut de vos âmes et de celles du prochain,_dans la mystique de la sainte
Église, par l'exemple, par la doctrine, par de continuelles prières... Sans
cesse, faites monter vers moi l'encens de ces prières pour le salut des âmes,
car je veux faire miséricorde au monde. Avec ces prières, avec ces sueurs, avec
ces larmes, je veux laver le visage de l'Épouse, la Sainte Église[10].
»
Ainsi « le Seigneur permet-il le mal, comme le dit saint Augustin[11],
que parce qu'il est assez puissant et assez bon pour tirer de ce mal un bien
supérieur », la manifestation de sa miséricorde et aussi celle de sa justice,
qui proclame les droits imprescriptibles du souverain Bien à être aimé
par-dessus tout.
Le bien n'existe guère ici-bas qu'à l'état de lutte, et c'est
pourquoi l'Église de la terre est appelée « militante » ; elle doit sans cesse
combattre contre le péché et tout ce qui l'inspire : la chair, les maximes du
monde et l'esprit du mal. Mais elle a les promesses d'éternelle vie, et si
parfois elle doit dire à ses enfants de sévères paroles, ceux-ci doivent lui
répondre comme Pierre à Notre-Seigneur : « Domine, ad quem ibimus ? verba
vitae aeternae habes : Seigneur, à qui irions-nous ? Vous avez les paroles
de la vie éternelle » (Jean, VI, 68).
***
Que conclure pratiquement ? Que les fils de l'Église ne peuvent être
unis entre eux que s'ils sont unis à leur Chef. Toute coordination, dit saint Thomas[12],
suppose une subordination au principe même de l'ordre. Les soldats d'une armée
ne peuvent être coordonnés entre eux que s'ils sont soumis à leur chef. Ici,
dans l'Église, il faut une sincère et profonde unité de foi, d'espérance, de
charité, d'obéissance surnaturelle, malgré la diversité des peuples, des
institutions, et des intérêts humains.
Les enfants de l'Église doivent être par suite unis entre eux, en
observant les uns à l'égard des autres la vraie justice et la vraie
charité, toute différente de celle qui n'existe qu'en paroles vaines, de
celle qui détourne des mots sublimes de leur véritable sens. Cette justice et
cette charité doivent être particulièrement pratiquées à l'égard de ceux qui
souffrent. Saint Paul ne dit-il pas : « Alter alterius onera portate,
et sic adimplebitis legem Christi : Portez les fardeaux les uns des autres,
et vous accomplirez ainsi la parole du Christ ; car si quelqu'un se croit être
quelque chose, alors qu'il n'est rien, il s'abuse lui-même. Que chacun examine
ses propres œuvres, et... chacun aura son propre fardeau à porter » (Galat.,
VI, 2).
Parmi les mutuels services
qu'on se rend « ici-bas de chrétiens à chrétiens, les deux principaux sont la prière
et la réparation ; aussi la sainte Vierge apparaissant à Lourdes nous
recommanda-t-elle : « Priez et faites pénitence. »
Lorsque les bons prient pour les méchants, leur prière provoque la
pitié et le pardon du Seigneur. Si les chrétiens fidèles font pénitence, les
chrétiens infidèles en reçoivent l'heureux contre-coup, et le crime a plus de
chance d'être pardonné. Le juste est parfois le sauveur de l'impie. S'il y
avait eu dix justes à Sodome, Sodome eût été épargnée. Nous pouvons enfin non
seulement prier et satisfaire pour le prochain, mais mériter pour lui, sinon
en stricte justice comme le Sauveur, du moins selon un mérite de convenance
fondé sur les liens de charité qui nous unissent à Dieu et aux âmes.
Il y a quelques années, pourquoi la Providence permit-elle cette
terrible guerre, qui ensanglanta presque toute l'Europe, alors qu'elle faisait
des rêves de paix universelle ? Comment n'y pas voir un châtiment de Dieu ? Et
pourquoi ce châtiment ? Parce qu'on n'a pas écouté la parole du ciel : « Priez
et faites pénitence. » Le bon Dieu punit les peuples les uns par les autres.
Pourquoi ? Parce que les chrétiens ne sont souvent chrétiens qu'à demi, les «
pratiquants » ne sont pas vertueux, les bons ne sont pas assez bons, les
personnes consacrées à Dieu ne sont pas assez saintes. Plus de mortification et
le retour à l'ancienne sévérité, inspirée par la haine du péché et l'amour de
Dieu, remettraient la paix dans le monde. La conversion des bons à une vie
meilleure, tel est peut-être de nos jours le bien le plus pratique, le plus
efficace, car dans le corps mystique la vie surnaturelle descend de très haut,
pour remonter vers le Seigneur. Que les bons joignent à la prière et à l'action
la pénitence du cœur, alors, en vertu de la Communion des Saints, en se
sauvant, ils en sauveront beaucoup d'autres. Ce serait un grand malheur d'arrêter
à soi l'influx de grâce que Jésus veut communiquer par nous à d'autres âmes.
La charité qui est, dans le corps mystique, « le lien de la
perfection », lien des membres avec la tête et des membres entre eux, doit
grandir jusqu'à ce que dans l'éternité les Saints et les Anges soient consommés
en un et ne fassent en quelque sorte qu'un esprit avec Dieu. « Qui autem
adhaeret Domino, unus spiritus est » (I Cor., VI, 17).
***
Comment arriver à celte union parfaite des esprits et des cœurs ?
Pour cela, il faut unir les âmes non pas seulement à la lumière des
sens, ni seulement à la lumière de la raison déformée par nos préjugés. Nous serions choqués et arrêtés peut-être pour
toujours par la diversité des tempéraments, des inclinations, des caractères,
des conceptions humaines, sans voir que cette diversité peut contribuer à
l'harmonie, à la beauté de l'ensemble, si elle se subordonne à un principe
supérieur, surnaturel, véritablement divin.
Il faut voir les âmes à la lumière de la foi : alors, sous une enveloppe parfois très opaque
et rugueuse on atteint l'être surnaturel des âmes, tout ou moins leur nature,
non pas en tant qu’elle s'oppose à la grâce, mais en tant qu'elle peut la
recevoir. Et alors, à côté de défauts très réels, on finit par découvrir le
travail du Sauveur en elles. Faute de voir ainsi les âmes, nous conservons
assez souvent dans notre cœur ulcéré le souvenir d'une parole dure qui nous a
été dite, alors que parfois cette parole a été rétractée par la contrition et
la confession.
En voyant les âmes à cette lumière de la foi, comment ne pas les
aimer, et comment ne pas chercher à contribuer à leur sanctification ?
Pensons à la prière de Notre-Seigneur : « Père, la lumière que
vous m'avez donnée, je la leur ai donnée pour qu'ils soient un comme nous
sommes un. » Voyons-nous les uns les autres à cette lumière ; alors les
divisions s'atténuent grandement, le cœur se dilate par la vraie charité, qui
consiste non pas en paroles, mais en actes ; et, avec elle, s'établit la vraie
justice, en dehors de tout mensonge ; elle s'établit non seulement selon la
lettre de la loi, mais selon son esprit; c'est la véritable obéissance, simple,
aussi loin de la servilité que de l'insubordination ; c'est enfin la véritable
équité, aequitas, epicheia, supérieure à la légalité[13]
et toute pénétrée de l'esprit du Christ.
Pensons à cette grande doctrine du corps mystique de Notre-Seigneur
en assistant à la sainte Messe, qui perpétue sur l'autel le sacrifice de la
Croix. La communion doit être une participation à ce Sacrifice ; par elle
Notre-Seigneur veut rendre nos cœurs semblables au sien, à son cœur de Prêtre
et de Victime ; en continuant de s'offrir, il offre son corps mystique, particulièrement
les âmes qui prient et souffrent surnaturellement, un peu comme il a souffert.
C'est ce qui faisait dire à saint Paul : « Je suis plein de joie dans mes
souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ en ma chair,
je l'achève pour son corps, qui est l'Église » (Col., 1, 24).
Ainsi, en un sens, en ce corps mystique, « Jésus est en agonie
jusqu'à la fin du monde ». De ce point de vue, plusieurs fois affirmé par saint
Paul, la contemplation de la Passion rédemptrice et la souffrance
surnaturellement supportée sont nécessaires au corps mystique comme la lumière
du soleil est nécessaire à nos yeux de chair[14].
Malheureusement il y a dans le monde de grandes souffrances qui pourraient
devenir purificatrices, et qui ne sont trop souvent qu'accablantes ou
exaspérantes pour certaines âmes, qui ne s'ouvrent pas à la lumière qui leur
viendrait du crucifix et du tabernacle, si elles priaient véritablement et
persévéraient dans cette prière. Il y a des peines envoyées par la Providence
non seulement aux individus, mais aux groupes d'hommes, pour les amener à se
mieux connaître, à constater leurs limites, à voir leurs propres défauts pour
les corriger, à aspirer plus haut, et à recourir, pour atteindre ce but
supérieur, à un secours plus élevé. Nous croyons parfois qu'il y a un conflit
de devoir, là où il y a des obligations subordonnées, dont les passions
humaines opposées entre elles faussent la formule[15].
Mais pour voir cette subordination, il faut, dans la prière et l'amour de Dieu
et du prochain, purifier son cœur, faire taire l'orgueil, écouter le Sauveur,
être indulgent aux autres comme nous avons besoin qu'on le soit pour nous, et
alors une sainte illumination du don d'intelligence nous fera saisir
quel est, dans ce cas en apparence fort complexe et difficile, le vrai sens
de nos obligations, le véritable chemin de la fin dernière ou du salut,
celui où se subordonnent toute vérité et toute justice humaine à « l'unique
nécessaire » que nous devons chercher par-dessus tout[16].
Alors le calme se fait, le chrétien se rappelle que, s'il a une famille, s'il a
une patrie terrestre à aimer et à défendre, il est aussi membre d'une immense
famille spirituelle, fondée par le Christ, membre de l'Église, corps mystique
du Sauveur, de cette Église qui lutte ici-bas contre l'esprit de mensonge et
d'iniquité, de cette Église qui souffre au purgatoire et qui est associée au
ciel, la vraie Patrie, à la vie intime de Dieu, à sa connaissance
infaillible, souverainement lumineuse du Vrai total et infini, à son amour
immuable du Bien sans mélange et à son éternelle béatitude qu'aucun désordre
ne peut troubler ni amoindrir. Sous la conduite du bon Pasteur, qui nous
incorpore à Lui, nous assimile à Lui en nous vivifiant, marchons vers cette
vraie -Patrie, qui est la sienne, et qui est déjà la nôtre, puisque la vie de
la grâce est la vie éternelle commencée.
***
Après avoir parlé de l’Amour de Dieu pour nous et de la réponse qu'il
attend, de l'Amour de Dieu et du mystère de la croix en Notre Seigneur, enfin
de l’Amour de Dieu et du Corps mystique du Christ, nous allons considérer le
progrès de cet amour en nous par la mortification que nous devons nous imposer,
par les actes méritoires, par la sainte communion, par les croix qui nous sont
envoyées pour purifier notre sensibilité et notre esprit et aussi pour nous
faire travailler en union avec Notre Seigneur et sa sainte Mère et à leur
exemple au salut du prochain.
Nous suivrons cela en saint Thomas et saint Jean de la Croix. Avec ce
dernier nous verrons, comme nous l'avons indiqué en un autre ouvrage[17],
que « la purification passive des sens est commune, elle se produit chez le
grand nombre des commençants[18]
», pour les introduire dans la voie illuminative. Nous verrons aussi que « les
progressants ou avancés se trouvent dans la voie illuminative, c'est là que
Dieu nourrit et fortifie l'âme par la contemplation infuse[19]
». Quant à la purification passive de l'esprit, elle est, nous le montrerons,
l'entrée dans la voie unitive parfaite qui est le prélude de la vie du ciel.
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[1] Matth., XVI, 18.
[2] Luc, XXII, 32.
[3] Jean, XXI, 15, 17.
[4] Saint Thomas dit souvent : « Christus et Ecclesia est una persona mystica » ; cf. in Epist. ad Coloss., I, lect. 6 ; IIIa, q. 19, a. 4 ; q. 48, a. 1, a. 2, ad I ; q. 49, a. 1 ; q. 69, a. 2. — Sur l'application mystique de cette doctrine cf. Louis Chardon, O. P., La Croix de Jésus, 1er entretien, ch. I à VI.
[5] Cf. Hugon, Ο. P., La causalité instrumentale, p. 110..., 201.
[6] Dialogue, 1ère Part., ch. XIII (14); ch. LVI (86) fin.
[7] Ibid., ch. XI (12).
[8] Ibid., ch. XIII (14).
[9] Ibid., ΙΙIa P., ch. IX (118).
[10] Dialogue, 1ère P., ch. LVI (86).
[11] Enchiridion, C. XI.
[12] Ia IIae, q. 100, a. 6.
[13] Cf. saint Thomas, IIa IIae, q. 120,
a. 2.
[14] Voir sur ce point Louis Chardon, La Croix de Jésus, 1er entretien, ch. 1. Les âmes saintes sont une seule personne mystique avec Jésus ; — ch. 11. De l'égalité de condition des justes unis à Jésus-Christ ; — ch. III. Que la plénitude de grâce propre à Jésus, comme chef de son corps mystique, cause en son âme une inclination vers la Croix ; — ch. XVIII. Que les croix sont distribuées aux âmes saintes dans la mesure où la grâce leur est donnée ; — ch. XXIV. La Croix de Marie.
[15] Cf. saint Thomas, IIa IIae, q. 101, a. 4 : « Nulla virtus alii virtuti contrariatur aut repugnat : quia... bonum non est bono contrarium. Unde non potest esse quod pietas (erga parentes vel patriam) et religio se mutuo impediant, ut propter actum unius actus altorius excludatur. Cujuslibet autem virtutis actus debitis circumstantiis limitatur... Non est autem debitas modus, ut plus homo tendat ad colendum patrem, quam ad colendum Deum... »
[16] Cf. IIa IIae, q. 8, a. 4 : « Sicut per donum caritatis Spiritus sanctus ordinat voluntatem hominis, ut directe moveatur in bonum quoddam supernaturale, ita etiam per donum intellectus illustrat mentem hominis, ut cognoscat veritatem quamdam supernaturalem in quam oportet tendere voluntatem rectam. »
[17] Perfection chrétienne et contemplation, t.1, p. IX et p. 174...
[18] Nuit obscure, I.I, ch. 8.
[19] Ibid., ch. 14.