L'Église est une société
surnaturelle
Par M. l'abbé
Giuseppe Murro
(Extrait de la
revue Sodalitium n° 61, pp. 18 sqq.
Les mises en gras ne figurent pas dans le texte original ; les notes
explicatives rajoutées par le site sont signalées par l’indication « Note
de C.I.F. » )
Notre-Seigneur a institué l'Église Catholique, comme société
hiérarchique déterminée par sa fin ou bien social[1]
: connaître la fin de l'Église nous révèlera sa nature intime.
L'Église a un aspect visible et humain : le Souverain Pontife gouverne avec le pouvoir
reçu de Dieu, commande aux évêques et aux fidèles, etc. L'Église a aussi un
aspect invisible et spirituel : elle est assistée par Dieu dans son
Magistère infaillible, elle sanctifie les âmes au moyen des Sacrements, etc.
Jésus-Christ a institué l'Église avec ces deux parties essentielles[2].
Elles sont toutes deux surnaturelles et on le prouve facilement. Pour
l'aspect invisible, c'est évident : il est finalisé immédiatement[3]
à la sanctification des âmes (donner la grâce aux hommes ex opere operato[4]).
L'aspect visible est surnaturel. Bien que cet aspect soit finalisé immédiatement au gouvernement de
l'Église, car il établit une relation morale entre supérieur et inférieur, les
termes mêmes de cette relation sont surnaturels : le Supérieur commande dans
l'Église par le pouvoir reçu de Dieu[5],
l'inférieur obéit par le fait d'être, par le Baptême, membre de l'Église. En
outre, la fin dernière du gouvernement aussi est surnaturelle, puisqu'elle est
finalisée, indirectement, au salut des âmes (donner la grâce aux hommes ex
opere operantis[6]).
Pour mieux expliquer et prouver cette affirmation, voyons d'abord les
erreurs qui s'y opposent ; ensuite la doctrine de l'Église ; enfin, nous
donnerons une preuve de raison fondée sur la Sainte Écriture.
Erreurs
Plusieurs ont considéré l'Église comme une société exclusivement ou
principalement naturelle.
Les Protestants en
général nient que les ministres de l'Église aient le pouvoir de sanctifier,
d'enseigner infailliblement, de gouverner. Pour les Luthériens, Notre Seigneur
aurait confié à l'Église le seul ministère de prêcher l'Évangile. Dieu
donnerait la sanctification immédiatement à chaque personne au moyen de la foi
« fiduciale »[7].
Les naturalistes et les rationalistes refusent l'ordre surnaturel et ce qui dépasse la
force de la raison : ils considèrent toutes les choses qui apparaissent
surnaturelles ou supérieures aux forces de la nature comme de pures inventions
ou bien essayent de les expliquer de manière naturelle. D'autres, influencés
par un certain césaro-papisme, considèrent l'Église comme une société
ayant un rôle plus politique que surnaturel. D'autres encore considèrent que le
côté juridique de l'Église ne dépend pas du côté surnaturel. Les modernistes
disent que les moyens de salut, que l'Église estime avoir reçus de
Jésus-Christ, auraient une origine humaine, explicable par une évolution naturelle.
L'enseignement
de l'Église
Le Concile du Vatican affirme que Dieu a institué l'Église pour une
fin surnaturelle, pour rendre éternelle l'œuvre de la rédemption des hommes :
« Le Pasteur éternel et l'évêque de nos âmes (I Pierre II, 25), afin de rendre
perpétuelle l'œuvre salutaire de sa rédemption, résolut d'édifier la Sainte
Église en laquelle, comme dans la maison du Dieu vivant, tous les fidèles seraient
unis par le lien d'une même foi et d'une même charité... De même donc qu'il a
envoyé les Apôtres qu'il s'était choisi dans le monde (Jn XV, 19), comme
Lui-même avait été envoyé par le Père (Jn XX, 21), de même il a voulu des
pasteurs et des docteurs dans son Église « jusqu'à la consommation des
siècles » (Matth. XXVIII, 20) »[8].
Pie IX met en évidence les différentes finalités de la société
naturelle[9]
et de l'Église : l'une a comme fin d'assurer l'ordre public, l'autre le salut
des âmes : « Pourtant, la foi enseigne et la raison démontre qu'il existe un
double ordre de choses et qu'il faut en même temps distinguer deux pouvoirs sur
la terre, l'un naturel qui veille à la tranquillité de la société humaine et
aux affaires séculières ; l'autre dont l'origine au contraire est au-dessus de
la nature et qui préside à la cité de Dieu »[10].
Léon XIII enseigne que les parties juridiques de l'Église ont
existence et valeur si elles sont unies et sont sous la dépendance de la vie
surnaturelle : « Il s'ensuit que ceux-là sont dans une grande et
pernicieuse erreur, qui, façonnant l'Église au gré de leur fantaisie, se
l'imaginent comme cachée et nullement visible ; et ceux-là aussi qui la
regardent comme une institution humaine, munie d'une organisation, d'une
discipline, de rites extérieurs, mais sans aucune communication permanente des
dons de la grâce divine, sans rien qui atteste, par une manifestation
quotidienne et évidente, la vie surnaturelle puisée en Dieu. L'une et l'autre
de ces deux conceptions est tout aussi incompatible avec l'Église de
Jésus-Christ que le corps seul ou l'âme seule est incapable de constituer
l'homme. L'ensemble et l'union de ces deux éléments est absolument nécessaire
à la véritable Église, à peu près comme l'intime union de l'âme et du corps est
indispensable à la nature humaine. L'Église n'est pas une sorte de cadavre :
elle est le corps du Christ, animé de sa vie surnaturelle. Le Christ Lui-même,
Chef et Modèle de l'Église, n'est pas entier, si on regarde en Lui, soit
exclusivement la nature humaine et visible, comme font les partisans de
Photin et de Nestorius, soit uniquement la nature divine et invisible, comme
font les Monophysites ; mais le Christ est un par l'union des deux natures,
visible et invisible, et il est un dans toutes les deux ; de la même façon, son
corps mystique n'est la véritable Église qu'à cette condition, que ses
parties visibles tirent leur force et leur vie des dons surnaturels et des
autres éléments invisibles ; et c'est de cette union que résulte la nature
propre des parties extérieures elles-mêmes »[11].
Léon XIII veut dire, explique l'abbé Lucien, que « la nature propre (le
texte latin précise : propria ipsarum ratio ac natura) des parties
extérieures, visibles (partes conspicuas) résulte (efflorescit)
de leur union avec les autres éléments et les dons surnaturels. Et comme cette
union appartient en propre à l'Église, à l'exclusion de toute autre société, il
suit que selon Léon XIII même les éléments visibles de l'Église diffèrent en
nature de leurs homologues des sociétés naturelles »[12].
Pie XII explique comment l'Église - bien qu'ayant en commun avec la
société civile des éléments sociaux et juridiques voulus par Notre-Seigneur -
lui est supérieure par l'Esprit surnaturel : « En conséquence, la
signification exacte de ce mot nous rappelle que l'Église, qui doit être regardée
comme une société parfaite en son genre, n'est pas seulement composée
d'éléments et de principes sociaux et juridiques. Elle surpasse, et de
beaucoup, toutes les autres communautés humaines ; elle leur est supérieure
autant que la grâce surpasse la nature, et que les réalités immortelles
l'emportent sur toutes les réalités périssables. Les communautés de cette
sorte, surtout la société civile, ne doivent pas être méprisées, certes, ni
traitées comme des choses de peu de valeur ; cependant l'Église ne se trouve
pas tout entière dans des réalités de cet ordre, pas plus que l'homme ne
consiste tout entier dans l'organisme de notre corps mortel. Ces éléments juridiques,
il est vrai, sur lesquels l'Église, elle aussi, s'appuie et qui la composent, proviennent
de la constitution divine donnée par le Christ, et servent à atteindre
la fin surnaturelle ; néanmoins ce qui élève la société chrétienne à un
degré qui dépasse absolument tout l'ordre de la nature, c'est l'Esprit de
notre Rédempteur qui, comme source des grâces, des dons et de tous les
charismes, remplit à jamais et intimement l'Église et y exerce son activité.
L'organisme de notre corps est, assurément une œuvre merveilleuse du Créateur
; mais combien est-il dépassé par la haute dignité de notre âme ! De même la
structure sociale de la communauté chrétienne, qui proclame d'ailleurs la
sagesse de son divin architecte, est cependant d'un ordre tout à fait
inférieur, dès qu'on la compare aux dons spirituels dont elle est ornée et dont
elle vit, et à leur source divine[13]...
C'est pourquoi Nous déplorons et Nous condamnons l'erreur funeste de
ceux qui rêvent d'une prétendue Église, sorte de société formée et entretenue
par la charité, à laquelle - non sans mépris - ils en opposent une autre qu'ils
appellent juridique. Mais c'est tout à fait en vain qu'ils introduisent cette
distinction : ils ne comprennent pas, en effet, qu'une même raison a poussé le
divin Rédempteur à vouloir, d'une part, que le groupement des hommes fondé par
lui fût une société parfaite en son genre et munie de tous les éléments
juridiques et sociaux, pour perpétuer sur la terre l'œuvre salutaire de la
Rédemption[14] ; et,
d'autre part, que cette société fût enrichie par l'Esprit Saint, pour
atteindre la même fin, de dons et de bienfaits surnaturels... Il ne peut donc y
avoir aucune opposition, aucun désaccord réels entre la mission dite invisible
du Saint-Esprit et la fonction juridique, reçue du Christ, des Pasteurs et des
Docteurs ; car - comme en nous le corps et l'âme - elles se complètent et
s'achèvent mutuellement, elles proviennent d'un seul et même Sauveur, qui n'a
pas seulement dit en insufflant l'Esprit divin : « Recevez le
Saint-Esprit » (Jn XX, 22), mais qui a encore ordonné hautement et
clairement : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi je vous envoie » (Jn
XX, 21), et « Celui qui vous écoute, m'écoute » (Lc X, 16) »[15].
Pie XII nous rappelle encore que Notre-Seigneur est présent dans la
Hiérarchie et préside aux Conciles : « C'est lui qui enrichit divinement des
dons surnaturels de science, d'intelligence et de sagesse ses Pasteurs et ses
Docteurs, en premier lieu son Vicaire sur la terre, afin qu'ils conservent
fidèlement le trésor de la foi, qu'ils le défendent énergiquement, qu'ils
l'expliquent et le soutiennent avec piété et diligence ; lui enfin qui, bien
qu'invisible, préside aux Conciles de l'Église et les guide par sa lumière »[16].
Pie XII réitéra la doctrine de Mystici Corporis, selon
laquelle les fonctions juridiques de l'Église tendent vers un but surnaturel
: « Dans Notre encyclique sur le Corps mystique du Christ, nous avons exposé
comment l'Église dite « juridique » est bien d'origine divine, mais
n'est pas toute l'Église ; comment en quelque sorte elle représente seulement
le corps qui doit être vivifié par l'esprit, c'est-à-dire par le Saint-Esprit
et par sa grâce. Dans la même encyclique, Nous avons expliqué d'autre part
comment toute l'Église, dans son corps et dans son âme, quant à la
participation des biens et au profit qui en dérive, est établie exclusivement
pour « le salut des âmes », selon le mot de l'Apôtre : « Omnia
vestra sunt »[17]
(I Cor. III, 22). Par là sont indiqués l'unité suprême et le but supérieur à
quoi sont destinées et vers lesquels se dirigent la vie juridique et toute
fonction juridique dans l'Église. Il s'ensuit que même les pensées, les
vouloirs, les actions personnelles dans l'exercice de cette activité doivent
tendre à la fin propre de l'Église : le salut des âmes. En d'autres termes,
fin dernière, principe supérieur, unité suprême ne veut rien dire d'autre que
« soin des âmes », comme toute l'œuvre du Christ sur la terre fut le
soin des âmes, telle fut et telle est aussi toute l'activité de l'Église »[18].
A partir de ces textes, résumons la doctrine de l'Église. L'Église
est une société surnaturelle parce que sa fin est surnaturelle : assurer le
salut éternel des âmes. C'est pourquoi elle est supérieure à toute société
humaine, y compris la société civile. Dans l'Église, il y a une partie visible
et une partie invisible, toutes deux indispensables. Tous sont convaincus que
l'invisible est surnaturelle. La partie visible l'est également : non
seulement elle reçoit la force, mais sa nature même résulte de l'union avec les
éléments surnaturels. Jésus est présent en elle, le Saint-Esprit la vivifie.
C'est pourquoi elle ne peut pas être comparée à la société civile qui ne
dépend pas de l'union avec des éléments surnaturels.
Première preuve
: l'Église continue la mission surnaturelle de Jésus-Christ
L'Église a été constituée par Notre Seigneur pour continuer sur la
terre Sa mission surnaturelle. Prouvons-le.
Disons d'abord que l'Église a été instituée pour continuer la
mission même de Jésus-Christ. Jésus dit à ses disciples : « Qui vous
écoute, m'écoute ; et qui vous méprise, me méprise. Et qui me méprise, méprise
celui qui m'a envoyé » (Lc X, 16). Jésus a institué un Collège d'Apôtres,
auquel il a confié sa mission : « J'ai manifesté votre nom aux hommes que vous
m'avez donnés... Maintenant ils ont connu que tout ce que vous m'avez donné
vient de vous ; parce que je leur ai donné les paroles que vous m'avez données
: et ils les ont reçues, et ils ont connu véritablement que c'est de vous que
je suis sorti, et ils ont cru que c'est vous qui m'avez envoyé... Je leur ai
donné votre parole, et le monde les a haïs, parce qu 'ils ne sont point du
monde, comme moi-même je ne suis pas du monde... Sanctifiez-les dans la vérité.
-Votre parole est vérité. Comme vous m'avez envoyé dans le monde, moi aussi, je
les ai envoyés dans le monde » (Jn XVII, 6-17). Après la Résurrection,
Jésus confirma cette mission : « Comme mon Père m'a envoyé, ainsi moi je
vous envoie » (Jn XX, 21).
Or la fin de la mission que le Christ a accomplie est la
sanctification surnaturelle, c'est-à-dire le salut des hommes. Déjà le nom de
Jésus indique sa mission surnaturelle. « Il portera le nom de Jésus car
c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés » (Matth. I, 21). Il l'a
lui-même dit plusieurs fois : « Le Fils de l'homme est venu chercher et
sauver ce qui était perdu » (Lc XIX, 10). « Je suis descendu du Ciel
non pour faire ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. .. C'est
la volonté de mon Père qui m'a envoyé, que quiconque voit le Fils et croit en
lui ait la vie éternelle » (Jn VI, 38-40).
Donc la fin de l'Église est la sanctification surnaturelle,
c'est-à-dire le salut des hommes.
Seconde preuve
: la loi fondamentale de l'Église a comme fin le salut surnaturel des hommes
La loi fondamentale que Jésus voulut donner à son Église, est
constituée des trois pouvoirs qu'il lui confia : enseigner, gouverner,
sanctifier[19]. La fin de
ces pouvoirs est le salut et la sanctification surnaturelle des hommes. Donc,
la fin de l'Église est le salut surnaturel des hommes.
a) Le pouvoir d'enseigner a
comme fin le salut. Ainsi Jésus a
commandé « Prêchez l'Évangile à toute créature. Celui qui croira et sera
baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné » (Mc XVI,
15). La mission d'enseigner, explique saint Paul (Rom. X, 9-15), comporte la
prédication ; la prédication est nécessaire afin que les hommes croient au
Christ, le confessent et invoquent son nom ; la confession et l'invocation du
nom du Christ est nécessaire pour obtenir le salut. C'est pourquoi le pouvoir
d'enseigner a comme fin le salut des hommes.
b) Le pouvoir de gouverner a
comme fin le salut. Dans l'Église
la charge de gouverner est la continuation de la même charge qu'exerça Jésus de
paître le troupeau. C'est pourquoi, il dit à saint Pierre : « Pais mes
agneaux, pais mes brebis » (Jn XXI, 15-17).
Or paître le troupeau du Christ a comme fin le salut surnaturel des
hommes, comme le Seigneur l'a déclaré dans la parabole du Bon Pasteur :
« Je suis le bon pasteur. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis...
Et j'ai d'autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; et il faut que je
les amène, et elles entendront ma voix, et il n'y aura qu 'un seul troupeau et
qu 'un seul pasteur. .. Mais vous ne croyez point parce que vous n 'êtes pas
de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; moi je les connais et elles me
suivent ; et je leur donne la vie éternelle, et elles ne périront jamais, et
nul ne les ravira de ma main » (Jn X, 11-28).
Le but de gouverner est donc le salut et la sanctification
surnaturelle des hommes.
c) Le pouvoir de sanctifier, comme le nom lui-même l'indique, a comme fin
le salut : il ne s'agit pas en effet, comme disent les Protestants, de la
simple action de prêcher l'Évangile, mais il comporte le pouvoir de donner la
sanctification[20], de sorte
que les ministres sont vraiment « coadjuteurs de Dieu » (I Cor. III,
9). La fin du Baptême est la renaissance de l'Esprit Saint ; celle de la
Confirmation, c'est l'attribution des dons du Saint-Esprit ; la fin de
l'Eucharistie, c'est la participation de la vie céleste et éternelle, par
laquelle les fidèles vivent par le Christ ; celle de la Pénitence, c'est la
vraie rémission des péchés ; celle de l’Extrême-Onction, c'est de soulager et
guérir le malade, et de remettre ses péchés ; la fin de l'Ordre, c'est de
conférer la grâce et le pouvoir d'accomplir le ministère évangélique ; celle du
Mariage, de donner la grâce par laquelle les époux peuvent imiter cette union
et cette mutuelle dilection, avec laquelle le Christ est uni à l'Église et
l'aime.
Donc la fin du pouvoir de sanctifier est le salut et la
sanctification surnaturelle des hommes.
Conclusion
On a dit au commencement de cet article que « la dignité des
moyens est considérée principalement par leur fin »[21].
Or on a prouvé que la fin de l'Église est surnaturelle. C'est pourquoi nous
devons conclure que l'Église est une société surnaturelle. « Par son
origine, l'Église est donc une société divine : par sa fin, et par les moyens
immédiats qui y conduisent, elle est surnaturelle », dit Léon XIII[22].
Chaque fois que l'on parle de l'Église, on ne peut faire abstraction
de son aspect surnaturel ; quand on la compare à la société civile ou quand on
pense à son aspect juridique et visible, si l'on oublie ou si l'on met de côté
l'aspect surnaturel, on perd la juste conception de l'Église. C'est par la partie surnaturelle qu'elle est
supérieure à n'importe quelle société civile. C'est par la partie surnaturelle,
que son aspect juridique a une valeur. L'oublier, serait une erreur semblable
à quelqu'un qui considérerait dans l'homme uniquement le corps[23] :
bien qu'il soit aussi œuvre du Créateur, il est inférieur à l'âme, et, sans
elle, il ne serait qu'un cadavre sans vie. Ainsi la partie juridique de l'Église,
bien que voulue et instituée par le Christ Lui-même, bien qu'elle contribue à
la sanctification des âmes, est animée par l'Esprit du Rédempteur, reçoit la
force et la vie de la partie surnaturelle, sans laquelle, en perdant sa nature
propre, elle serait comme un corps sans âme.
Fin de l’étude
[1] S. Th. III, q. 1 a. 3 ; IIa IIae, q. 174 a. 2 : « La dignité des moyens est considérée principalement par leur fin ».
[2] Les parties essentielles d’un tout sont des parties constitutives de son essence font que le tout est ce qu’il est et pas autre chose. On ne peut en retirer une sans dissoudre le tout. (Note de C.I.F.)
[3] C’est-à-dire sans intermédiaire, ou medium. S’oppose à médiatement = indirectement. (Note de C.I.F.)
[4] Une chose opère ex opere operato, si elle opère immédiatement, par sa seule vertu (=force) propre. C’est le cas des sacrements, qui, s’ils sont validement administrés, produisent leurs effets d’eux-mêmes, indépendamment des dispositions du ministre. (Note de C.I.F.)
[5] Le Pape reçoit le pouvoir de juridiction directement de Dieu ; les autres Supérieurs dans l'Église le reçoivent du Pape (Pie XII, Ad apostolorum principis, 29-6-1958).
[6] Une chose opère ex opere operantis si elle opère médiatement avec une efficacité qui est fonction des dispositions du medium, i.e . de l’agent qui opère. L’agent qui opère est ici non pas le prêtre qui administre tel ou tel sacrement, mais bien le fidèle qui fera bon ou mauvais usage des moyens de sanctification que lui fournit la hiérarchie de l’Église. Autrement-dit, l’efficacité du gouvernement de l’Église en tant qu’il est ordonné à la sanctification des membres de cette dernière, est fonction de leurs dispositions. (Note de C.I.F.)
[7] La foi qui repose dans la seule confiance en Dieu, sans nécessité de nos bonnes actions.
[8] Conc. Vat., Pastor Aeternus, 14-7-1870, DS 3050.
[9] Il s’agit ici des gouvernements séculiers, parfois désignés de manière métaphorique par le terme « César ». (Note de C.I.F.)
[10] Pie IX, Etsi multa luctuosa, 21-11-1873, Enseignements Pontificaux (désigné par le sigle : E. P.), « La paix intérieure des Nations » n° 56.
[11] Léon XIII, Satis Cognitum, 29-6-1896, E. P. L'Église n° 543.
[12] Rappelons que « L'analogue est un prédicat qui convient à plusieurs selon une raison essentiellement diverse, semblable cependant sous un certain rapport » (cf. Maquart, Elementa Philosophiae, T. 1, pp. 97-98) » (Nda). Abbé Bernard Lucien, La situation actuelle de l'Autorité dans l'Église. La Thèse de Cassiciacum, Documents de Catholicité, 1985, p. 42 et note.
[13] Pie XII, Mystici Corporis, 29-6-1943, E. P. L'Église, n° 1062.
[14] Conc. Vat., Pastor Aeternus, 14-7-1870, DS 3050.
[15] Ibidem, E. P. n° 1064.
[16] Ibidem, E.P.n° 1049.
[17] « Tout est à vous » (Note de C.I.F.)
[18] Pie XII, L'inaugurazione del nuovo anno, aux membres du Tribunal de la S. Rote, 2-10-1944, E. P. L'Église, n° 1135.
[19] Notre-Seigneur « a communiqué aux Apôtres et à leurs successeurs un triple pouvoir : celui d'enseigner, celui de gouverner et celui de mener les hommes à la sainteté ; ces pouvoirs, précisés par des préceptes, des droits et des devoirs particuliers, constituent la loi fondamentale de toute l'Église », Pie XII, Mystici Corporis, ibidem, E. P. n° 1038.
[20] Les ministres de l'Église agissent non par droit propre, mais de manière instrumentale et par droit vicaire de Jésus-Christ.
[21] S. Th. III, q. 1 a. 3 ; IIa IIae, q. 174 a. 2 : « La dignité des moyens est considérée principalement par leur fin ».
[22] Léon XIII, Satis Cognitum, 29-6-1896, E. P. n° 579.
[23] Il est piquant de remarquer que ceux qui commettent la seconde erreur sont ceux-là même qui commettent la première ! Il s’agit des matérialistes athées, athées déclarés ou athées pratiques (qui se disent catholiques mais vivent et pensent comme les païens). (Note de C.I.F.)