LA SUBVERSION
- Je hais la pureté. Je hais la bonté. Je ne
voudrais d’aucune vertu nulle part. Je voudrais que tous soient corrompus
jusqu’à la moelle.
Georges Orwell, 1984, Gallimard Folio, p. 180.[1]
-Êtes-vous prêts à donner vos vies ?
-Oui.
-Êtes-vous prêts à tuer ?
-Oui.
-A commettre des actes de sabotage pouvant
entraîner la mort de centaines d’innocents ?
-Oui.
-A trahir votre pays auprès des puissances
étrangères ?
- Oui.
-Vous êtes prêts à tromper, à faire des faux, à
extorquer, à corrompre les esprits des enfants, à distribuer des drogues qui
font naître des habitudes, à encourager la prostitution, à propager les
maladies vénériennes, de faire tout ce qui est susceptible de causer la
démoralisation du Parti [comprendre
l’ordre chrétien] et de l’affaiblir ?
- Oui.
- Si votre intérêt l’exigeait, par exemple, que de
l’acide sulfurique fut jeté au visage d’un enfant, seriez-vous prêts à le
faire ?
- Oui.
[…]
Georges Orwell, ibid., pp. 245-246.
Contrairement à
ce que pensent la plupart des gens, « la Révolution » ne s’est pas
achevée avec l’Empire. S’est seulement achevé alors ce qu’il est convenu
d’appeler la « Révolution Française », phase sanglante initiale
visible[2]
de la Révolution en général, et qui eut la France pour théâtre d’opération. Ces
phases sanglantes initiales visibles ont ensuite touché toute l’Europe,
ensemencée par Napoléon. Puis la Russie. Puis la Chine. Elle s’est poursuivie
sous l’extériorité des deux guerres mondiales.
Si lors des
Révolutions dites Française, Russe et Chinoise, la Révolution a sévi sous son
étendard de révolution, les causes alléguées n’étaient pas les vraies
causes et son objectif final (la fusion de toutes les nations en une Grande
République mondiale et de toutes les religions en une (fausse) religion
universelle), insoupçonné de l’immense majorité de ses acteurs eux-mêmes. Rien
n’a changé : où a-t-on lu ou entendu dire que les guerres d’Afghanistan ou
d’Iraq étaient des guerres révolutionnaires ? Le public est persuadé que c’est
« le pétrole » qui est convoité (même s’il l’est, de fait,
instrumentalement !).
« Faire
croire », qui est plutôt l’objectif de la désinformation,
est donc la condition de l’action révolutionnaire,. De nos jours, dans les pays
apostats, la Révolution revêt surtout la forme non aversive de la subversion,
action souterraine destinée à ruiner ce qui reste de l’ordre naturel et
chrétien et à lui substituer un ordre fusionnel purement naturaliste. Elle
sévit partout, est indolore et souvent même agréable car elle flatte les sens
et la volonté propre de ses victimes, qui en sont les collaborateurs et acteurs
inconscients.
La mise en garde
de Ciceron[3]
dans des circonstances analogues est donc parfaitement d’actualité :
Cavete [...] ne spe praesentis pacis perpetuam
pacem amittatis !
Prenez garde [...] à ce que la paix présente ne
vous fasse pas perdre la paix éternelle !
Préambule :
Mais,
que vise donc « la Révolution » ?
L’histoire lui [Alexandre le Grand] prête la noble ambition
d’unir tous les hommes dans une même coupe d’Amour. Ce genre de coupes est bien
connu. Ce sont des empereurs qui les offrent, et elles sont d’abord pleines de
sang. (E. Gilson)[4]
La métaphysique chrétienne est une métaphysique de l’insuffisance,
puisque nous recevons tout par don, et que nous ne nous suffisons en rien. […]
Peut-être est-ce cela qui a tant gêné des métaphysiciens comme Plotin, Proclus,
Damascius, Spinoza, Kant, Fichte, Schopenhauer, Nietzsche, Heidegger et d’autres :
à savoir que nous nous avons tout reçu par don et que nous recevons tout par
don et par grâce […]
La métaphysique de l’Un ou de l’Identité signifie
essentiellement : Je suis l’incréé. Je suis Incréé. Je suis le Moi absolu.
Il n’y a pas de création. Je ne dépends donc pas d’un autre. (Claude Tresmontant)[5]
On constate aisément qu’il existe une
complémentarité de fait, en dépit de la différence des doctrines professées,
entre matérialisme et idéalisme. Elles s’unissent toutes dans le
combat anti-chrétien pour nous faire croire que nous sommes tous un seul et
même être, non seulement nous les hommes, mais aussi cette plante, ce chien
et ce lac. Peu importe la doctrine : que chacun adopte celle qui convient le
mieux à son tempérament. Peu importe que nous en soyons conscients ou pas. Que
ceux qui savent participent au combat dans le carré des officiers. Que la marée
incoercible de ceux qui ne savent pas soient tout à la fois les acteurs
aveugles et les témoins subornés de la déculpabilisation universelle par fusion
dans le sein de la terre mère.
Nous ne résistons pas à insérer ici une image
puisée sur le site américain indiqué en bas de la photo ; il ne manque que
la plante verte.

Naturellement, ces doctrines sont fausses car
contradictoires.
La Révolution,
au sens le plus large, désigne l’ensemble des menées opérées par les superbes
pour tenter de persuader l’esprit humain, y-compris le leur, qu’elles sont
vraies : si je ne forme qu’un seul être avec cette plante verte, cette
pierre et cette rivière, le bien et le mal n’existent pas, je puis faire ce que
je veux, je n’ai pas de maître, je suis Dieu.
Comme nous l'avons noté plusieurs fois, dire que
l'Univers physique est l'Être pris absolument ou le seul Être, c'est le présupposé
du matérialisme. Dire que l'expérience a tort lorsqu'elle nous enseigne des
genèses et des corruptions, c'est le fait de l'idéalisme. Et donc par le
présupposé commun, à savoir qu'il n'existe qu'une seule sorte d'Être, le
matérialisme et l'idéalisme se rejoignent.[6]
[…] Nous avons eu déjà l'occasion d'observer, à
propos de Parménide, et nous aurons de nouveau l'occasion de remarquer, à
propos de Spinoza et de ses disciples, qu'en réalité la grande tradition
métaphysique moniste, idéaliste et acosmique, — et la grande tradition
matérialiste qui attribue à l'Univers physique les caractères de l'Être absolu,
— communiquent et s'échangent des faveurs.
Par le fait qu'il considère que l'Univers physique
est l'Être pris absolument et qu'il n'en existe pas d'autre, Parménide est le
père de la grande tradition matérialiste qui va suivre et survivre
jusqu'aujourd'hui.
Par le fait qu'il affirme et enseigne que l'Un seul
existe et que la multiplicité des êtres est une illusion, une apparence, —
ainsi que le devenir, les genèses et les morts, — il est le père de la grande
tradition idéaliste, en Occident du moins.
Spinoza, nous le verrons, professe que la Substance
est unique. C'est la Nature. La multiplicité apparente des êtres est au fond
illusoire. Il a eu une postérité matérialiste. Les maîtres de l'athéisme au
XVIIIe et au XIXe siècle ont repris à Spinoza ce qu'il disait de la Nature, à
savoir qu'elle est l'Être absolu, et ont constitué ainsi le matérialisme athée
moderne.[7]
Dans la symbolique qui véhicule le panthéisme
professé par les doctrines ésotériques, l’Un est représenté par
différentes figures, dont les mandalas. Ce mot, qui vient du sanskrit
signifie « cercle ». Les mandalas, qui peuvent avoir des aspects très
variables, comportent toujours néanmoins un ou plusieurs cercles concentriques
ou dessins agencés en cercles qui sont inscrits dans un carré.
Le
cercle le plus central (« bindu »), qui peut se réduire à un point, représente
la divinité et la périphérie, souvent matérialisée par un carré, représente le
monde qui en est l’émanation. Les initiés qui oeuvrent avec opiniâtreté dans
l’ombre depuis des siècles au prétendu retour à l’Un, couvrent le domaine
public de symboles destinés entre autres à opérer un effet subliminal sur les
masses profanes qui n’y voient goutte. Les mandalas figurent en bonne place
parmi ces symboles.

La pièce italienne de un euro est un mandala qui
comporte en son centre la figure de « l’homme vitruvien » de Léonard de Vinci.
L’interprétation est claire : placé au coeur, donc confondu avec la divinité,
et étendant les bras vers la périphérie qui représente le monde, l’homme
affirme son imperium sur l’univers.

Autres mandalas : tapis et, à droite, le logo
du Jubilé de l’an 2000. Il est malheureusement difficile de ne pas y voir un
mandala dont le centre, suspendu par une croix solaire païenne, représenterait
la fusion des différentes religions, ou plutôt « spiritualités » du monde (cf.
http://agdei.com/Universalsymbolism.html et http://agdei.com/Universal%20Symbols2.html
). Peut-être peut-on même voir dans
les couleurs des cinq « colombes » imbriquées du centre une reprise du symbole
gay de l’arc-en-ciel adopté à San Francisco en 1978. En tout cas, le journal
Libération avait franchi le pas dans son numéro du 18 août 1997, puisqu’il
titrait sur la « Catho Pride », lors le l’apparition novatrice de ces couleurs
sur les chasubles officielles des JMJ de Paris de 1997.
Voici maintenant le symbole du retour à l’UN,
ou tikkun, ou réparation. Le lecteur pourra s’exercer à en
repérer les différents avatars dans les logos des grandes firmes, des
organismes officiels, etc. :

De gauche à droite : le logo de l’ONU, celui
du « comité catholique [ !!!] contre la faim et pour le
développement », celui de l’UNICEF - ONG vouée à la protection des enfants
et … à la promotion de l’avortement, enfin un dessin à visée symbolique
figurant sur certains sachets d’emballage en plastique biodégradable distribués
par les pharmacies ; outre le symbole de la tikkun, on y discerne celui de
du verseur d’eau (Aquarius)[8],
et peut-être - par les nervures des feuilles - celui de l’outarde[9].
I. Extraits d’un article
intitulé DE LA SUBVERSION et paru en supplément à la revue Sel de la
terre[10]
n° 47
« […]
- Comment les décomposerez-vous de
l’intérieur ?
- Par des méthodes qui s’apprennent, Aleksandre
Dmitritch. D’abord, il faut connaître parfaitement la société sur laquelle on
travaille. […] Il faut faire l’effort de connaître la société-cible mieux que
ne la connaissent ses propres membres. Nous avons pour cela des techniques que
je ne vous expliquerai pas aujourd’hui et que nous groupons sous le nom
« d’entrisme. ». […][11]»
[…]
Par subversion, nous entendons tout effort
entrepris pour retourner, amoindrir ou corrompre de manière non aversive[12],
et si possible subliminale[13],
les convictions politiques ou religieuses d’un groupe humain plus ou moins
étendu. Nous nous intéresserons surtout ici aux manœuvres qui ont pour but la
destruction du christianisme en vue d’y substituer un ordre païen élitiste qui
pourrait tenter quelques « invités n’ayant point revêtu l’habit de noces[14] »,
plus attirés au fond d’eux-mêmes par la Cité terrestre avec latin et encens que
par la Cité Céleste. Cette situation présente une analogie avec celle qui
prévalait lors du péché originel puisque, nous allons le voir, les méthodes
utilisées par les corrupteurs sont – et pour cause -, celles inaugurées par le
serpent de la Genèse. Et que, à cet égard, saint Augustin fait observer que
« Ce péché manifeste de désobéissance au commandement de Dieu, ce piège du
démon, l’homme ne s’y fut pas laissé prendre, si l’homme n’eût commencé par se
plaire en lui-même. [15]»
La subversion se distingue de la désinformation,
dont l’objet principal est le mensonge complexe destiné à masquer la
subversion. Comme la subversion, la désinformation utilise avec art les
passions humaines[16]
pour mettre en place un système d’autoprotection à l’une et à l’autre et même à
faire grossir le nombre de leurs agents, en créant des
désinformés-désinformateurs[17].
La désinformation n’étant pas l’objet de la présente étude, nous ne
l’aborderons que marginalement.
Le paradigme indépassable de la corruption et de la
tromperie se rencontre dans les évènements au cours desquels s’est accompli le
péché originel. (Gn 3, 1-6) :
Le serpent était le plus rusé de tous les animaux des champs que
Yahweh Dieu ait faits. Il dit à la femme : « Est-ce que Dieu aurait dit :
" Vous ne mangerez pas de tout arbre du jardin? » La femme répondit
au serpent : « Nous mangeons du fruit des arbres du jardin. » Mais du
fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : « Vous n'en
mangerez point et vous n'y toucherez point, de peur que vous ne
mouriez. » Le serpent dit à la femme : « Non, vous ne mourrez point ;
mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous
serez comme Dieu, connaissant le bien et le mal. » La femme vit que le
fruit de l'arbre était bon à manger, agréable à la vue et désirable pour
acquérir l'intelligence; elle prit de son fruit et en mangea ; elle en donna
aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea.
Or, que fait précisément le serpent ?
Apparemment bien peu de choses. Il ne contraint pas la femme à manger du fruit,
il n’en a d’ailleurs pas la possibilité, ni physique, ni hiérarchique :
s’il avait dit « mange du fruit », il n’aurait pas été obéi, la femme
n’ayant aucune raison de rompre sa fidélité à Dieu en obtempérant à un inconnu.
Le serpent, qui sait que la femme a commencé à « se plaire en
elle-même », use donc d’une rouerie à la portée de n’importe qui, de
l’être le plus négligeable : il se contente d’inoculer le doute par une
simple parole. Eve, qui jusqu’alors avait une parfaite confiance en Dieu, est
ébranlée, se met à douter de Lui, à Le soupçonner de l’avoir trompée en lui cachant
quelque chose, quelque chose qu’Il veut garder jalousement pour Lui. Le mal est
fait. La suite des événements s’enchaîne toute seule. La fidélité établie est
rompue, l’abandon consommé. Retenons ceci : tenter quelqu’un c’est
d’abord lui suggérer une infidélité.
« Tous
les péchés, dit saint Thomas (Ia IIae, q. 77, a. 4 et 5),
dérivent de l’amour désordonné de nous-mêmes ou égoïsme qui nous empêche
d’aimer Dieu par-dessus tout et nous porte à nous détourner de lui. De cet
amour désordonné de nous-mêmes procèdent les trois concupiscences [18] :
celles de la chair, des yeux et l’orgueil de la vie. De ces trois
concupiscences dérivent les péchés capitaux, principes des autres. […] On voit
par là comment les péchés capitaux sont le principe des autres, et comment eux-mêmes
dérivent de l’orgueil, qui nous détourne de Dieu et de la concupiscence, qui
nous porte à chercher la béatitude suprême dans les biens terrestres.[19] »
Le serpent va donc activer la principale des trois
concupiscences, celle de l’orgueil de la vie. Il propose à la femme
d’égaler Dieu par la connaissance, la science du bien et du mal,
autrement-dit la sagesse humaine. Le premier lien rompu, les deux autres
concupiscences produisent leurs effets d’elles-mêmes et finissent
d’emporter la décision : la concupiscence des yeux (le fruit était
« agréable à la vue »), la concupiscence de la chair (le fruit
était « bon à manger »).
Et on peut effectivement observer que toute
subversion, utilise l’activation de l’une au moins des trois concupiscences
pour justifier aux yeux de la cible l’infidélité proposée : le
renversement de la volonté conduit par le marchand qui vend une voiture à une
personne qui n’en n’a pas besoin, celui mené par le politicien qui promet au
citoyen un régime dans lequel ses talents seront reconnus à leur juste valeur,
celui mené par le corrupteur religieux qui laisse entendre que le Ciel est bien
loin et la terre bien proche.
Sachons enfin, que la plus puissante des trois,
celle de l’orgueil est activée par la flatterie, laquelle est d’autant
plus efficace qu’elle n’est pas perçue par le patient (par exemple en lui
donnant de l’importance, en lui faisant croire qu’il est indispensable[20],
…).
… de manière subreptice
Le premier ouvrage subversif alliant l’usage
réfléchi des méthodes de subversion et la diffusion de masse fut à n’en pas
douter l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert. Voici ce qu’en dit
l’abbé Barruel dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme,
publiés en exil dans les dernières années[21]
du XVIII° siècle :
« […] Il devait être le résultat d’une société
d’hommes choisis parmi ceux que la France comptait de plus célèbres dans chaque
genre de sciences. Le discours par lequel d’Alembert l’annonçait à tout
l’univers, était écrit avec tant d’art ; il avait été si bien pesé et si
bien médité ; l’enchaînement des sciences, les progrès de l’esprit humain
y paraissaient si bien tracés ; tout ce qu’il avait pris dans les œuvres
de Chambers et du Chancelier Bacon, sur la filiation des idées, était si bien
déguisé ; le sophiste plagiaire avait si bien su se parer des richesses
d’autrui[22], que le
prospectus de l’Encyclopédie fut regardé comme un chef d’œuvre, et son auteur
comme l’homme du monde le plus digne de se voir à la tête d’un ouvrage si
étonnant.
C’étaient là de superbes
promesses hautement annoncées, et que l’on avait fort peu envie de tenir. Il
était en revanche un objet sur lequel on gardait un profond silence, & que
l’on se tenait à peu près assuré de remplir. Cet objet si secret était de
faire de l’encyclopédie un immense dépôt de toutes les erreurs, de tous les
sophismes, de toutes les calomnies qui, depuis les premières écoles de
l’impiété jusques à cette énorme compilation, pouvaient avoir été inventées
contre la religion ; mais de cacher si bien le poison ; qu’il se
versât très insensiblement dans l’âme des lecteurs, sans qu’ils pussent s’en
apercevoir. Pour abuser de leur crédulité, l’erreur ne devait jamais se
trouver, elle devait au moins se cacher avec un soin particulier dans les
articles où l’on aurait pu la prévoir, la soupçonner. La religion devait
paraître respectée et même défendue dans les discussions qui la regardaient
plus directement. Quelquefois, l’objection devait être réfutée de manière à
persuader qu’on voulait la faire disparaître, tandis qu’on ne pensait qu’à la
rendre plus dangereuse, en faisant semblant de la combattre. Il y a même
plus ; les auteurs qui devaient seconder d’Alembert et Diderot dans ce
travail immense n’étaient pas tous des hommes dont la religion dût être
suspectée. La probité de quelques-uns, M. de Jaucourt, par exemple, de
ce savant qui seul a rempli un nombre prodigieux des articles de
l’encyclopédie, était si bien connue, qu’elle semblait devoir servir de
garant contre les embûches de la ruse et de la perfidie. Enfin, on
annonçait que les objets religieux seraient discutés par des théologiens
connus par leur savoir et leur orthodoxie. […] En un mot, le voile de
l’impiété devait être assez transparent pour la rendre assez piquante, assez
obscur pour ménager une excuse et des défaites. […] »
Le recours aux
« renvois »
Redonnons la parole à l’abbé Barruel[23],
référence des obsédés du « complot » :
« […] Nous devons à l’historien les preuves du
fait et les preuves de l’intention. Pour saisir les premières, il suffit de
jeter un coup d’œil sur divers articles de cette immense collection
[l’encyclopédie], d’y rapprocher tout ce qu’on y trouve d’assez exact sur les
principaux dogmes du christianisme ou même de la religion naturelle ; de
rapprocher, dis-je, ces divers articles de ceux auxquels nos conjurés ont soin
de renvoyer le lecteur. On verra l’existence de Dieu, la liberté, la
spiritualité de l’âme traitées à peu près comme elles doivent l’être par tout
philosophe religieux ; mais le lecteur, que d’Alembert & Diderot ont
soin de renvoyer successivement aux articles Démonstration, Corruption,
verra aussi successivement disparaître toute cette doctrine. Celle qui
domine dans les endroits que d’Alembert et Diderot prennent soin de lui
recommander, est précisément celle du Sceptique ou bien celle du Spinosiste, du
Fataliste & du Matérialiste. […] »
Ce recours aux renvois, aux notes, compléments des
notes ou appendices garde toute sa valeur et est encore utilisé.
Ne l’oublions jamais, la vérité est la caution de
l’erreur. Pas de tromperie possible sans une part de vérité. Plus
massive est cette part, plus la duperie est assurée.
Il y a mieux. Indépendamment du fait qu’elle peut
servir de faux contre-poids à une erreur (« vous vous êtes exprimé, mais
vous êtes minoritaire »), une affirmation vraie formulée toute seule,
peut être extrêmement subversive. Il en est ainsi lorsque cette
affirmation implique que l’affirmation inverse soit seulement envisageable,
première étape psychologique avant le questionnement, puis l’affirmation inverse
elle-même[24]. Elle peut
aussi servir à susciter une réaction inverse, attendue[25]
… Nous laissons les lecteurs s’exercer à trouver des exemples de ces manœuvres
relevant de l’art royal dans l’actualité révolutionnaire quotidienne,
notamment en matière sociétale (« bioéthique », …).
La technique dite
« du Fil de fer »
Seulement, il arrive que le sujet soumis à ces
manœuvres délétères ne cède pas tout de suite. Le corrupteur bien formé ne reste
pas sans ressources. Il peut par exemple utiliser la technique « du Fil de
fer » pour briser la volonté de la cible. Laissons Vladimir Volkoff nous
l’exposer[26] :
« […] Voilà, en bref, la théorie du Triangle.
‑ Vous aviez aussi, dit Aleksandre, celle du
Fil de fer.
Cette fois‑ci Pitman hésita pour de bon. Il
fit quelques pas de côté et d'autre. Le guide regardait l'heure. Les autocars,
ayant régurgité les Barbares, s'éloignaient en direction de l'Opéra. La lumière
changeait de couleur en changeant de hausse. Elle n'était plus blanche, pas
encore dorée ; on eût dit qu'elle tombait sur le grand cuirassé Notre‑Dame
à travers on ne savait quel vitrail imperceptiblement teinté.
Les trois principes du Vademecum,
exposés sans les techniques d'application, ne constituaient certes pas une
initiation complète, à peine un embryon. Mais l'embryon y était. Aleksandre
Psar, tout citoyen soviétique qu'il était, descendait d'une famille réactionnaire,
avait été élevé en France, pouvait avoir avec l'ennemi des liens cachés que les
enquêtes n'avaient point révélés. Un jour viendrait où la doctrine de
l'influence serait connue du monde entier, mais, pour le moment, il s'agissait
encore d'un des plus grands secrets du régime. Il appartenait au jeune Iakov
Moïsséïtch Pitman de dévoiler ce dernier article au risque d'une trahison, ou
de le dissimuler au risque d'une dérobade peut‑être définitive.
‑ Écoutez, dit‑il en venant de nouveau
s'accouder près d'Aleksandre, je ne peux vraiment qu'effleurer ce sujet. L'image
du Fil de fer vient de ce que, pour en casser un, il faut le tordre dans les
deux sens opposés[27].
Vous touchez ici au fond même de notre art, j'emploie le mot à dessein. L'agent
d'influence est le contraire d'un propagandiste, ou plutôt c'est le
propagandiste absolu, celui qui fait de la propagande à l'état pur, jamais
pour, toujours contre, sans autre but que de donner du jeu, du mou, tout
décoller, dénouer, défaire, déverrouiller. Si vous continuez à vous intéresser
à nous, je vous prêterai un livre du penseur chinois Sun Tzu qui vivait il y a
vingt‑cinq siècles. C'était le Clausewitz de l'époque. Entre autres
choses admirables, il dit celle‑ci, qu'il appliquait à la disposition des
troupes devant l'ennemi mais qui nous caractérise parfaitement. Le fin du
fin, c'est de ne pas présenter une forme qui puisse être définie clairement.
Dans ce cas, vous échapperez aux indiscrétions des espions les plus
perspicaces, et les esprits les plus sagaces ne pourront établir de plan contre
vous. Exemple: l'agent d'influence soviétique ne passera jamais pour un
communiste. Tantôt avec la gauche, tantôt avec la droite, il sciera
systématiquement l'ordre existant. C'est tout ce qu'il est censé faire, et,
dans ce rôle, il jouit d'une impunité absolue. Aucune loi, Aleksandre
Dmitritch, je veux dire : aucune loi occidentale, n'interdit de démantibuler
la société où l'on vit. Il suffit de jouer le rouge et le noir, le pair et
l'impair. […] »
Parler par prétérition[28],
c’est inciter à faire une chose sans dire de la faire, voire même en disant de
ne pas la faire. Il suffit de laisser agir les penchants de notre nature
déchue : « Je vous interdis de manger les chocolats que maman a
cachés dans le buffet derrière les assiettes ».
Observons qu’il est un procédé particulièrement
adapté tant au discours par prétérition qu’à la technique du fil de fer, c’est le
débat contradictoire[29],
réel ou fictif. Dans un tel débat, savoir qui dit quoi n’a qu’un intérêt
anecdotique. L’important étant seulement que certaines paroles arrivent au
contact du lecteur. Peu-importe qu’un contradicteur les réfute
ultérieurement.
« Nous ne parlons pas pour dire quelque chose,
mais pour obtenir un certain effet. » disait Gœbbels[30].
« La cité du monde a ses amours qui nous
flattent, ses erreurs qui nous trompent, ses menaces et ses scélératesses qui
nous épouvantent, amores, errores,
terrores, dit saint
Augustin, et avec ces armes elle entre en lutte contre la cité de Dieu.[31] ».
C’est pourquoi le XVIII° siècle fut à la fois le
siècle de la Révolution et celui de l’explosion des concupiscences. Avant
d’avoir été celui de la guillotine, et des pontons vendéens, il fut celui des
raffinements extrêmes (dans les mœurs et les arts), du luxe insolent affiché
par les classes possédantes, des débordements de la sensualité et de la
perversion (Sade, …), celui où la noblesse qui avait de longue date oublié son
devoir d’exemple[32] ne voyait
plus dans ses titres que matière à vanité. On comprend donc qu’il ne s’agit
nullement d’une corrélation fortuite.
Il est clair que l’arme des concupiscences est
toujours fourbie. Comme nous l’avons dit au début de l’article, la première des
concupiscences est celle de l’orgueil et de la puissance. Comme le serpent de
la Genèse, le corrupteur religieux va s’attacher prioritairement à proposer
une prétendue sagesse humaine[33].
Mais, tout au long de cette proposition, il ne
dédaignera pas d’avoir recours à titre accessoire aux deux autres
concupiscences. Ainsi, au détour d’un chapitre, pourra t-on nous proposer
de nous lever et d’aller nous servir un petit muscat (du meilleur,
bien-entendu), qu’un ami producteur (petit, mais connu des seuls amateurs
éclairés) nous a envoyé pour service rendu (immense, comme nos talents), tout
en nous enfonçant mollement dans une magnifique bergère L. XV (d’époque, obviously),
à moins que nous ne préférions carrément nous étendre sur le lit.
Peut-être même, pourra t-on dans quelque temps nous
suggérer la lecture de quelque bonne lettre de la Marquise de Sévigné.
Evidemment, les repas d’affaires n’ont pas été
inventés pour rien.
[…]
« […] Prenons un exemple particulièrement
typique ‑ celui de M. de Malesherbes, directeur de la librairie.
Sous l'Ancien Régime, le directeur de la librairie
était chargé de contrôler la publication, le commerce et la circulation des
imprimés. Il visait les ouvrages en manuscrit et pouvait interdire ceux qui lui
paraissaient contraires aux bonnes mœurs ou dangereux pour l'ordre social. Il
avait la surveillance des frontières et des officines clandestines. Il
ordonnait la saisie des livres et journaux mis en vente ou distribués sans
avoir été soumis à sa censure et en poursuivait les auteurs et les colporteurs.
Poste de premier ordre, poste capital au moment où une grande offensive
intellectuelle est dirigée contre la monarchie.
Il fut occupé,
jusqu'en 1750, par le comte d'Argenson, qui, prenant ses devoirs au sérieux,
mit sur pied, à partir de 1748, un système de répression efficace. Les
frontières étaient fermées, des arrestations décidées, une série de
perquisitions opérée avec fruit. Mais, au beau milieu de la lutte, d'Argenson
fut remplacé par le premier président de la Cour des Aides, Malesherbes.
Philosophe lui même, il va donner aux révolutionnaires une impunité à peu
près complète. Quelques mesures de rigueur seront bien prises par lui, pour la
forme mais elles seront aussitôt rapportées, « laissées sans exécution ». Leur
seul résultat sera de faire aux publicistes poursuivis une réclame tapageuse et
une flatteuse réputation de martyrs, sans les gêner en rien ni les intimider un
instant.
Coup sur coup, paraissent la Lettre sur les
sourds, de Diderot, les Discours, de Rousseau, les grandes œuvres de
Voltaire, l'Encyclopédie, les mélanges de d'Alembert... Des livres
interdits d'Argenson, comme l'Histoire de Louis XI, de Duclos, sont autorisés.
La garde des frontières, illusoire. Les ballots de brochures séditieuses que se
font envoyer les courtisans ne sont plus visités. On crée des boutiques dans
les maisons des princes, dans celles de l'Ordre de Malte, dans les couvents et
établissements religieux. Il y en a à Versailles, dans le château. Tout le
monde les connaît, mais la police feint de les ignorer.
Vaniteux, crédule, très sensible aux hommages
intéressés des gens de lettres, ravi de se frotter à leur bruyante renommée, ne
comprenant ni la portée de leurs livres ni l'importance de ses propres actes,
type achevé du libéral qui a toujours peur de passer pour réactionnaire,
Malesherbes se met en quatre pour allumer la révolution et protéger les
incendiaires.
[…][34] »
Ce texte relatif au XVIII° siècle, qui montre
clairement que la nécessité pour les corrupteurs de contrôler les publications
a été comprise dès le début de la société de communication doit être actualisé.
En effet, depuis la guerre de 1939-45, tous les médias grand public sont sous
contrôle. Le débat d’idées qui existait encore entre les deux guerres grâce à
l’Action Française[35],
est aujourd’hui impensable. Un Augustin Cochin édité post mortem par
Plon dans les années vingt ne trouverait aujourd’hui aucun éditeur grand
public. Les attaques se déplacent donc vers les publications à faible tirage
qui, en théorie, sont encore indépendantes. Les corrupteurs vont alors tenter
de les infiltrer[36] avec une
triple fin :
a/ Leur faire publier des articles de
désinformation pure sous l’apparence d’articles critiques ou
contre-révolutionnaires. Citons en vrac : faire passer les Américains pour
des incapables dans les événements du 11/09, focaliser les catholiques sur
l’islamisme (qui n’est pas une nouveauté) en sorte qu’ils se joignent au chœur
des « anti-voile » … pour promouvoir une loi avant tout
anti-chrétienne.
b/ Leur faire publier des secrets de Polichinelle
sous l’apparence de nouvelles exclusives et sensationnelles, de manière
à détourner l’attention des réalités auxquelles on ne veut les voir à aucun
prix s’intéresser, comme le fameux « complot ». On titre « Tout
sur le Vistemboire », vous vous précipitez sur la revue, vous la lisez
fébrilement, et vous découvrez qu’elle ne contient rien que vous ne sachiez
déjà. Comme cette revue émane de votre famille de pensée, vous en concluez,
qu’il n’y a rien de plus à savoir …
Naturellement, les gens posés, mesurés, les gens au
jugement équilibré et qui tiennent prioritairement à leur statut social ou à
leur tranquillité d’esprit, adopteront cette version politiquement correcte qui
leur propose en outre tacitement de les valoriser en l’adoptant. Cet
effet d’auto-censure par corruption subliminale, est consolidé par la
mise en circulation d’un vocabulaire très élaboré, souvent ethnicisé, évoquant
si possible quelque horreur réelle. Un parfait exemple en est : « les
tenants de la thèse du complot judéo-maçonnique ». Soutenir l’existence de
conjurations ou de complots antichrétiens, c’est, au minimum, être complaisant
envers le nazisme.
c/ Leur faire publier des choses réellement
inacceptables[37], qui
discréditeront le média et par amalgame, ses lecteurs et les idées justes qu’ils
défendent par ailleurs, aux yeux du grand public. C’est le sujet du livre
« Le Montage » de Volkoff, dont nous avons précédemment cité un
extrait. Diabolicum est.
La subversion s’attache toujours par quelque côté,
le service d’hommes intègres, mais bien-sûr, non exempts de faiblesses – qui
l’est ?! -, ou ayant quelque antique rancœur contre l’Église visible ou
« la société ». Bien pilotés et bien valorisés, ils serviront selon
les cas ou tout à la fois de caution (grâce à leurs réelles qualités) et de
bons propagandistes, puisque, ignorant les intentions réelles de leurs mentors,
ils mettront dans leurs actes, l’authenticité irremplaçable de la sincérité.
Cette sincérité leur vaut des partisans parmi les fidèles qui ne manqueront pas
de s’opposer aux clairvoyants ou aux méfiants de nature. Il en résulte une division
du troupeau. Rien qu’en cela, l’Adversaire aura marqué des points. Sur
cette question, lire les différents ouvrages de Volkoff, notamment ceux sur la
désinformation.
[…]
II. Compléments apportés par Contra
Impetum Fluminis au texte précédent
Retour sur le récit de la Genèse
En plus de ce qui
en a été dit précédemment, on peut mettre en lumière un certain nombre de points,
qui aujourd’hui encore, se retrouvent dans les opérations de subversion.
1. Le démon avait pris les traits du serpent. Or, le
serpent, comme tous les autres animaux de la Création, était soumis à l’homme
(Gn 2, 19-20). En tant que tel, l’homme ne s’en méfiait pas, absence de
méfiance qui constitua la première faille par laquelle le démon s’est
faufilé : on ne peut guère tromper que celui qui ne se méfie pas
(supérieur ou ami).
2. Le démon s’est adressé à la femme. C’est une
réalité que connaissent bien les vendeurs de tout poil : la femme est plus
faible que l’homme du point de vue de l’observance d’une règle, elle
« craque » plus facilement. S’il peut évidemment y avoir des
exceptions à cette loi, elle n’en reste pas moins vraie en général. Deuxième
faille. À méditer.
3. Le démon commence par dénigrer Dieu, et ce
dénigrement va être écouté avec une délectation secrète : écouter une
critique sur quelqu’un, c’est toujours un peu se valoriser par contraste.
Troisième faille.
4. Ève va non seulement écouter, mais elle va
dialoguer. Cette fois-ci, la faille devient béante. C’est la technique
du pied dans la porte, inaugurée pour la première fois et utilisée depuis
par les vendeurs à domicile, les séducteurs et les corrupteurs de tout poil,
notamment religieux : il faut à tout pris parvenir à engager une
conversation, ce que les modernistes appellent « dialoguer ». Dès
les premiers mots échangés, les défenses tombent, la suite est presque
inéluctable. Sur l’évaluation scientifique des méthodes de manipulation
psychologiques, dont celle-ci, on pourra lire Pascal Bernardin, Machiavel
Pédagogue, Editions Notre-Dame des Grâces, 1995, pp. 19 sqq.
- Conception dynamique
ternaire de la logique, adaptée à une « philosophie » du mouvement,
du devenir et de l’Evolution, négatrice de l’être
impliquant le mépris du principe d’identité (ou de non-contradiction).
- Se substitue à la
logique binaire naturelle, adaptée au réel, à la philosophie de l’être
et orientée vers la contemplation.
- C’est donc un
instrument d’action révolutionnaire.
- Naissance d’un nouveau « moment
dialectique » (la synthèse) par « dépassement »
des antagonismes :
synthèse
●
● ●
thèse antithèse
- Utilisation :
« fabriquer l’histoire » pour la faire converger par étapes vers une
prétendue fin qui est un « État rationnel » (global) ,
identifié à « l’Esprit » :
- chaque synthèse sert
de thèse à un nouveau triangle :
D
D
D
D
sens
de l’histoire ®
…………… « Fin de l’histoire »
- La « fin de l’histoire » est l’état de
fusion généralisée des nations en une dictature
mondiale placée sous l’égide du
Serpent.
- Chaque antithèse peut selon les cas :
- Être produite par
réaction organique aux effets naturels de la thèse.
- Être suscitée ad hoc
- Se présenter statistiquement sous l’effet d’une
agitation de fond incessante, entretenue à dessein :
« Bougez ! ».
Voici
quelques exemples :
|
Thèse |
Occident capitaliste avec subsistance d’éléments
de civilisation chrétienne |
|
Choc |
Subversion, infiltrations, politiques d’
« ouverture », coopération culturelle et économique, etc. |
|
Antithèse suscitée |
URSS
marxiste maintenue par le soutien financier de l’Ouest. Suscitée par :
écrits de Marx, guerre de 14-18, etc. |
|
Synthèse |
Marxisme pratique des pays occidentaux :
athéisme, égalitarisme, matérialisme, collectivisation rampante, travail des
femmes, avortement, contrôle de naissances, « travail en équipe »,
port de vêtements « unisexe », GAEC, etc. |
|
Thèse |
Patronat (privé ou public) |
|
Choc |
Grèves, affrontements, haine de classe entretenue
par les médias, les partis, les traditions familiales et les
manifestations de rue, etc. |
|
Antithèse entretenue
statistiquement |
Marxisme diffus, universellement répandu, même
chez les prétendus « anti-communistes », qui ne le sont qu’économiquement (et
encore), syndicats de toute obédience, propagande de la gauche, presse de
droite comme de gauche, etc. |
|
Synthèse |
Maintien de l’esprit d’agressivité dans les
populations et chez les élites, sacralisation de l’esprit de révolte (tout le
monde est persuadé qu’il faut « se battre » pour arracher ce que
l’on estime être dû) fondamentalement anti-chrétien et même luciférien,
destruction du principe d’autorité, etc. |
LA REFORME, OPERATION
DIALECTIQUE PROVOQUEE ?
Les effets démesurés
d’une feuille de parchemin clouée sur la porte de l’église de Wittenberg un
premier dimanche d’Avent 1517.
Ne sont-ils pas en tous
points comparables à ceux d’un certain livre conçu en terre allemande et publié
à Londres en février1848 ?
Doit-on croire qu’un
« petit moine crasseux » ait pu faire cela de sa propre
initiative ?
|
Thèse |
Chrétienté
une sous la houlette du pape, bien que déjà largement minée par divers
courants internes délétères occultes ou non (nominalisme, cabalisme, etc.),
Formidable coup de massue asséné par Luder alias Luther, formé à la Cabale
par Reuchlin, etc. |
|
Choc |
Guerres de religion, subversion par les livres,
etc. |
|
Antithèse (suscitée ?) |
Action
de Luther & alii |
|
Synthèse |
La
chrétienté fendue net en deux. Tous les instruments dissolvants du modernisme
mis en place : subjectivité de la foi, abandon des dogmes, relativisme moral
(on peut vivre comme les païens : le salut n’en dépend pas), contrôle de la
religion par les princes, introduction de la langue vernaculaire, première
étape nécessaire de « l’évolution » de la religion, les « valeurs » du
monde réhabilitées (dont l’usure), etc. Traité
de Westphalie inaugurant le laïcisme et l’apostasie des nations. etc. Préparation du terrain à envahir (la
France, fille aînée de l’Église) lors de guerres ultérieures (qui eurent lieu
en 1870 et en 1914-1918), qui devaient achever de hacher le catholicisme -
par la mise en place massive d’élites
germanophiles, etc. etc. … |
Que sont
donc en effet les guerres modernes
entre Etats ou coalitions d’Etats, si ce ne sont pas des chocs dialectiques ?
L’effroyable conflit de 1914-1918[39]
a t-il été autre chose qu’un tel choc provoqué[40],
préparé de longue date[41]
et de haute main[42] afin de parfaire l’éradication de l’ordre
ancien déjà bien mis à mal par la Grande Révolution ? Et, comme on sait, il a
encore fallu une autre guerre pour parachever le travail et faire régner sans
exclusive, mais sans l’avouer, l’Ordre Païen en Europe occidentale.
On ne s’étonnera pas de cette érotomanie pour la
violence si l’on sait que pour les gnostiques « la tragédie de l’histoire
du monde » est nécessaire à la « genèse de Dieu » et que selon
Claude Tresmontant[43],
on reconnaît même là « l'un des signes, l'un des caractères de la
gnose ». On croit les sacrifices humains disparus, mais c’est une
erreur : ils subsistent à grande échelle dans les guerres modernes[44].
Voici d’ailleurs l’opinion du maître lui-même sur la guerre :
La guerre maintient la santé morale des peuples
dans leur indifférence envers les déterminations finies, elle les protège
contre l’accoutumance à ces déterminations et contre leur durcissement, de même
que le mouvement du vent protège les eaux de la corruption à laquelle les
réduirait une tranquillité durable, ou encore davantage une paix éternelle y
réduirait les peuples. (Hegel, Principes
de la philosophie du droit, § 324 Rem. Kaan p. 249, cité par Jacques
d’Hondt, De Hegel à Marx, PUF, 1972, p. 75.)
L’architecture urbaine, aux mains des initiés
depuis longtemps, est souvent conçue selon une dialectique symbolique qui
échappe à l’immense majorité des chrétiens qui en sont les dupes. Ainsi la Tour
du F :. Eiffel[45],
inaugurée en grande pompe le 31 mars 1889 à l’occasion du centenaire de la
Révolution Française n’est autre qu’une tour de Babel posée dans Paris en
antithèse de la basilique du Sacré Cœur[46]
dont la construction, débutée en 1875, avait été décidée en réparation des
péchés publics de la France. Que penser alors du logo officiel des JMJ de
Paris en 1997 ?

Le diable en rit
encore. Jugez-en :
« […] Le
logo des JMJ ressemble beaucoup au projet
- apparemment farfelu, mais apparemment seulement - d’un certain
Février, qui, en 1890, proposait d’installer une croix géante au somment de la
tour et, à l’occasion des cérémonie œcuméniques qui se dérouleraient sur le
Champ-de-Mars, de faire cracher aux bras du crucifix de longs jets de flamme, à
l’instant précis de la bénédiction. On ne sait si on doit louanger Février pour
sa brillante anticipation, ou féliciter les organisateurs pour avoir réalisé le
projet de leurs devancier, sinon dans la forme, du moins dans le fond. Car
l’œcuménisme des JMJ ne s’est pas arrêté au choix du lieu [le Champ de Mars (NDLR)].
[…] le « créateur » branché Castelbajac réalisa les vêtements
sacerdotaux (notamment des chasubles ornées d’arc-en-ciel[47])
d’inspiration … peu catholique. […][48] »
Inutile de
préciser que le christianisme, qui prêche l’amour des ennemis, est absolument
non dialectique. Mais attention,
l’amour des ennemis ne signifie pas l’amour de leurs péchés, qu’il faut
détester et bien distinguer de leurs auteurs. Toute affirmation d’une quelconque compatibilité entre Jésus et la
Révolution ou l’étendard qui la symbolise, suppose la négation du principe
d’identité (ou de non-contradiction) et est une marque certaine de la Gnose, qui prétend que Jésus et Satan se
réconcilieront in fine et
fusionneront dans le Grand Tout.
La dialectique possède un rôle secondaire très
important. Il lui incombe de créer une
fausse opposition à la Révolution. Opposition contrôlée et stérile, en ce sens qu’elle ne pourra
jamais accoucher d’un véritable acte contre-révolutionnaire. Mieux, elle
servira la Révolution en gérant, plus efficacement que la Révolution ne
pourrait le faire elle-même, ses indispensables pauses de consolidation. Tel est le rôle traditionnellement imparti
à « la droite » de nos régimes parlementaires.
« La gauche » réalise « les avancées »
et multiplie les dettes, la droite corrige les excès les plus criants et tente
- généralement en vain d’ailleurs -, de combler les déficits, ce qui fait
chuter sa popularité – qui ne cesse jamais d’être sous contrôle – puis lui fait
perdre les élections. Et le cycle reprend.
Ah ! mais, heureusement, il y a la
« vraie droite », l’autre ne l’étant que de nom. Celle-ci a une
triple mission. L’une d’elles consiste à récupérer les citoyens les plus
contestataires ... pour les maintenir dans le système, une fois soulagés en
paroles. Une autre est de repousser
vers le centre et ses petites audaces la majorité des électeurs qui ont une
honorabilité à maintenir. La troisième, et ce n’est pas la moindre, consiste à marquer
du sceau de l’infamie les justes mais naïfs qui prennent pour une planche de
salut le discours de ses tribuns. C’est pourquoi, il est indispensable que cette « droite dure » ait une image inquiétante, sulfureuse :
elle doit en effet tout à la fois attirer les uns, repousser les autres et pouvoir
foudroyer ceux que les médias offrent à l’exécration publique en disant qu’ils
sont « proches de l’extrême-droite »[49],
rendant tout apostolat pratiquement impossible. Elle joue donc le rôle d’une
seconde enveloppe de protection, qui jusqu’à présent s’est montrée d’une
efficacité remarquable.
Beaucoup de catholiques sont tentés - lorsqu’ils ne
le font pas - de voter pour cette droite dure en fermant les yeux ses
nombreuses incompatibilités avec le christianisme. Ils arguent du
« réalisme », du « possible » ou du « mieux que
rien » pour justifier leur position. Certes, ce faisant, ils disent
« non » aux excès de la Révolution, mais ce qu’ils ne voient pas ou
ne veulent pas voir, c’est qu’ils disent « oui » au postulat
implicite initial qui consiste à reconnaître leur interlocuteur comme valable
et le principe même de la question comme licite. Or, leur interlocuteur est le
loup révolutionnaire déguisé en bonne fille qui invite ses ennemis à sa table
pour « dialoguer » et mieux les croquer ensuite. Telle la femme qui
repousse les avances d’un courtisan mais continue à écouter ses discours et
dont la chute n’est plus qu’une question de temps car elle a déjà cédé en son
cœur, celui qui utilise les instruments de la Révolution, même pour s’opposer à
elle, est déjà en fait pris dans ses rets. Là encore, simple question de temps.
Enfin, par ultime mesure de sécurité, sont encore
disposés en troisième ligne, quelques aimants aux couleurs du royalisme destinés à récupérer d’éventuels marginaux,
amateurs de meubles estampillés et de musique baroque, qui seraient parvenus à
vaincre les forces centripètes exercées par le système parlementaire.
Nous n’avons pas encore parlé de ce qui assure la stabilité du système. Car, et
contrairement à ce que l’on fait croire et répéter, le système est d’une stabilité diabolique. Ce qui n’est pas stable, ce
sont les gouvernements, les ministères,... On voit déjà poindre ici l’objet de
la confusion mentale que permet la dialectique gauche - droite et qu’alimentent
les médias. Le citoyen, que l’on fait sans cesse bouger, tant physiquement que
mentalement ne peut réfléchir et n’imagine pas un seul instant, s’il est de
gauche, que « le contraire » de la gauche soit autre chose que la
droite, et, inversement s’il est de droite. Pourquoi ? Parce que c’est
tout à fait vrai ! Mais en un sens seulement ! Un homme politique
de gauche diffère d’un homme de droite. Mais ce qu’on ne laisse surtout pas
réaliser au citoyen, en l’agitant sans cesse, en lui saturant les sens et lui
atrophiant l’intelligence que l’on réduit à ses facultés logiques et
fabricatrices, c’est que l’un comme
l’autre sont des serviteurs de la Révolution, qui, dans l’ordre politique, consiste précisément à gérer la Cité comme
si Dieu n’existait pas. Si on ajoute que les empoignades verbales de
l’Assemblée sont le plus souvent de vraies empoignades, et que le citoyen est
invité à donner son avis librement, tout paraît
absolument ouvert et non joué d’avance, donc parfaitement crédible, sincère et
véritable.
Il en est évidemment de même de la dialectique
opposant le GAT aux altermondialistes[50].
Les Américains et les Vietcongs qui s’entretuaient au Vietnam se haïssaient
réellement. C’est le prix à payer pour « faire vrai ». Bien-sûr, ils
ignoraient tous qu’ils servaient la même Révolution. Comme les concessionnaires
Peugeot et Citroën se font une concurrence acharnée pour le plus grand bénéfice
des actionnaires du groupe PSA ... qui possède les deux marques. On pourrait
encore donner l’exemple du système d’exploitation Linux©, dialectiquement
opposé au Windows© de Microsoft© : plaider pour Linux© n’est pas combattre
le mondialisme, c’est l’activer. Ne pouvant imaginer jusqu’à quel point le
machiavélisme des wire-pullers peut
aller, le peuple frivole - et en un sens ça l’honore - est impuissant à
comprendre que des causes antinomiques puissent concourir à la même fin. Voilà la grande force de la
dialectique : faire croire que les choses « évoluent »
d’elles-mêmes.
La première de toutes les règles de la
pensée est le principe de non-contradiction, ou principe d’identité (PNC).
Saint Thomas l’énonce ainsi : « L’on ne peut en même temps affirmer et nier
». Il explique que chacun comprend spontanément ce principe car il est fondé
sur l’être, dont l’idée est contenue dans tout ce que l’on appréhende. Il
n’y a aucun discours, aucune pensée possible si on rejette le principe
d’identité : tout se confond, la gomme ne se distingue pas du crayon ni de
la chaise. D’ailleurs, qui affirme rejeter ce principe voit son affirmation
dénuée de toute valeur puisqu’il affirme en même temps le contraire … à moins
qu’il ne s’en réserve l’usage exclusif, usage qu’il refuse aux autres.
On peut encore énoncer le PNC :
« Un même être ne peut en même temps et sous le même rapport être et ne
pas être ». Le principe du tiers exclu, « Ou bien une chose
est ou bien elle n’est pas. Il n’y a pas d’alternative (tiers) possible »,
lui est équivalent.
Or, il se trouve que le principe de
non-contradiction a été attaqué de longue date et l’est de nos jours plus que
jamais par la Révolution. Pourquoi ?