ANTHOLOGIE DE TEXTES DE MGR. GUERARD DES LAURIERS SUR LA VISIBILITE DE L'ÉGLISE

 

 

Extrait de la Revue SODALITIUM N° 22 (Novembre-Décembre 1990), pp. 6 sqq. (Ass. Mater Boni Consilii, Località Carbignano, 36, 10020 Verrua Savoia (TO) Italie.)

 

 

 

1) Février 1980 : Commentaire de la « Position de Mgr. Lefebvre sur la nouvelle messe et le Pape »

2) Février 1980-Mai 1980 : Que devient la visibilité de l'Église ?

3) Mai 1980 : Matthieu XXVIII.20

4) 1984 : Réponse du Père Guérard des Lauriers.

 

 

1) Extrait de la réponse de Mgr. Guérard des Lauriers à Mgr. Lefebvre, suite à la prise de position de ce dernier sur les questions de la nouvelle messe et du Pape. Le texte de Mgr. Lefebvre fut publié fin 1979 sur la revue Fideliter (n° 13). La réponse du Père Guérard fut dif­fusée sous forme privée au début de 1980. Dans le texte la lettre F indique la revue Fideliter ; le numéro qui suit le F indique la page ; L se rapporte à Mgr. Lefebvre ; le sigle n.m., à la « nouvelle messe ».

 

Position de Mgr. Lefebvre sur la nouvelle messe et le Pape (Fideliter n° 13, pp. 65-70)

 

Le cardinal Wojtyla serait vraiment « Pape »  parce que : « la question de la visibilité de l'Église est trop nécessaire à son existence pour que Dieu puisse l'omettre durant des décades »  (F 69).

Force est d'observer que L s'est mal exprimé. Car aucune « question », quelle qu'elle soit, n'est nécessaire à l'existence de l'Église... à moins d'ap­peler improprement « questions » les Mystères de la Foi. D'autre part, un rapport est nécessaire, ou il ne l'est pas. Le nécessaire exclut le « plus ou moins ». Dire d'une chose qu'elle est « trop néces­saire », c'est consignifier qu'elle n'est pas nécessai­re. On regrette, une fois de plus, sous la plume de L, l'ambiguïté. Et comme, en l'occurrence, la pré­cision est de grande importance, il convient de la restituer. Étant donné que L entend assigner une raison établissant que le cardinal Wojtyla est vraiment « Pape », ce qu'il veut dire est ceci : « [L'Église militante étant visible par nature], la visibilité de l'Église est nécessaire à l'existence de l'Église. Donc Dieu ne peut pas faire (ou « lais­ser faire »...!) que l'Église soit invisible durant des décades ». [Et par « visibilité de l'Église », il faut entendre, principalement, l'existence d'un vrai Pape, chef visible de l'Église visible].

Nous venons de souligner, entre guillemets, quelle est en réalité l'assertion dont L fait état. Nous examinerons, dans une étude séparée, la question de la « visibilité ». Nous nous bornons ici à deux observations.

La première concerne le [pseudo-] principe al­légué. Exprimée avec exactitude, l'assertion de L est en contradiction avec l'expérience. Elle n'est qu'une vue de l'esprit, substituée arbitrairement à la réalité. Le « grand schisme d'occident »  dura 51 ans : 1378-1429. Le Magistère n'a pas achevé de préciser quels furent les vrais Papes et les anti-pa­pes (Note 1). Et comme il y eut des saints des deux côtés, certains se sont sanctifiés en considé­rant comme étant pape quelqu'un qui ne l'était pas. La visibilité n'est pas une note de l'Église ; l'apostolicité peut subsister, sans la visibilité. L se garde d'ailleurs bien de l'affirmer, nettement, clai­rement : « la visibilité est nécessaire à l'existence de l'Église ». Il emploie une formule diffuse et contournée, fort habile si l'on vise à persuader, impropre et irrecevable si l'on cherche à préciser quelle est la vérité.

La seconde observation concerne l'application qui est faite du pseudo-principe allégué par L, à la conjoncture présente. M. l'Abbé E. se félicite de pouvoir offrir aux fidèles qui fréquentent la prieuré de B. un « appui hiérarchique ». L'offre est séductrice, d'autant plus qu'elle est doublement aberrante. Car un évêque suspens a divinis (Note 2) dans l'église officielle n'y est évidemment pas la hiérarchie. Et comme cet évêque tient expres­sément à reconnaître comme étant « Pape »  le car­dinal Wojtyla qui professe officiellement les hérésies majeures de Vatican II, il est impossible de considérer L comme étant un représentant authentique de la hiérarchie dans l'Église tradi­tionnelle.

Cependant l'offre inconsidérément généreuse de M. l'Abbé E. présente encore plus de gravité par la tendance qu'elle révèle. Les fidèles ne sont que trop enclins à rechercher la « visibilité », le plus souvent au grand détriment de la Foi. Jésus Lui-même le reprochait sur terre à ses contempo­rains (Luc XI, 29). Et Il recommanda une circons­pection allant jusqu'à la méfiance, pour la période troublée qui est très vraisemblablement celle que nous commençons à vivre : « Si quelqu'un vous dit : « Voyez le Christ est ici, ou II est là », ne le croyez pas »  (Matt. XXIV, 23). Concernant la « vi­sibilité » de l'Église en cette fin d'un temps, il est beaucoup plus conforme à l'Évangile, et d'ailleurs à l'instinct de la Foi, d'apprendre aux fidèles à se priver, plutôt qu'à satisfaire leur curiosité. Si L vous dit : « le Pape est à Rome », ne le croyez pas. Si les prêtres ou les fidèles de L vous disent : « le pape est à Rickenbach », ne le croyez pas... La « visibilité »  n'est pas une preuve d'authenticité. Que les fidèles satisfassent sans discernement le besoin qu'ils ont de « voir l'Église », ne prouve nul­lement que ce qu'ils croient voir soit réellement l'Église. L'allégation de L n'est qu'une vue de l'esprit.

Le cardinal Wojtyla serait vraiment « Pape », parce que : « le raisonnement de ceux qui affirment l'inexistence du pape met l'Église dans une situa­tion inextricable »  (F 69).

Nous nous bornons, derechef, à trois brèves observations.

 

a) On ne doit pas « décider »  quelle est la qualifi­cation d'une « thèse »  dont le fondement est d'ordre doctrinal, en fonction des « difficultés »  qu'entraîne­rait soi-disant cette « thèse »  dans l'ordre pratique.

Subordonner la qualification d'un principe aux conséquences que celui-ci entraîne dans l'ordre pratique, c'est très exactement l'origine du libéra­lisme. C'est ce que fait L ; « diminutae sunt veritates a filiis hominum... [ab episcopis] »  (Pr. XI, 2) : on sous-mesure les principes pour les faire ca­drer avec la pratique que précisément ils doivent normer. Le fondement de notre « thèse »  est que les cardinaux Montini et Wojtyla professent l'hérésie. Que cela entraîne des « difficultés »  pour demain, c'est sans doute alarmant ; mais enfin, « demain est à Dieu ». Ce serait simplement réali­sme - mais le réalisme est à l'antipode du libé­ralisme ! - que de considérer quelle [au sens éty­mologique : redoutable] difficulté constitue pour l'Église aujourd'hui le fait d'avoir un soi-disant chef qui profère l'hérésie.

Et c'est tout simplement réalisme, et charité, que de dénoncer le formidable danger que consti­tue, pour les fidèles attachés à la Tradition, le fait d'avoir à leur tête un évêque qui découvre « un esprit schismatique » (F 69) en quiconque ne re­connaît pas un soi-disant chef qui profère l'hérésie.

 

b) L'apparente objection, inspirée par l'erreur du libéralisme, est d'autant plus inacceptable qu'elle concerne seulement une caricature de la « thèse », et non la « thèse »  telle qu'elle est en réalité.

Il nous faut réitérer la pénible constatation. L, en portant des accusations générales et sans don­ner aucune référence, procède de telle manière qu'on nous impute, pour nous critiquer, de soute­nir une « thèse »  qui est différente de celle que nous avons établie. « Le raisonnement de ceux qui affirment l'inexistence du Pape... » (F 69). Or, nous n'affirmons pas « l'inexistence du Pape ». Nous disons que le cardinal Wojtyla occupe le Siège apostolique, et donc qu'il est pape maté­riellement c'est-à-dire qu'il n'a pas droit à la sou­mission des fidèles, parce qu'il ne pose pas dans l'Église d'acte valide tant qu'il demeure volontai­rement solidaire du schisme capital introduit par le cardinal Montini.

L. se révèle comme étant un fort dangereux utopiste en ne considérant que les difficultés d'or­dre juridique qui seraient inhérentes à la succes­sion Wojtyla, et en ne faisant pas même état des difficultés réelles que présente actuellement au regard de tous le comportement Wojtyla. Le car­dinal Wojtyla aurait pu, il peut encore mainte­nant, faire cesser le schisme capital, déclarer que la Messe traditionnelle n'a pas été abrogée et ne peut être interdite par qui que ce soit, reconnaître que ladite n.m. est une imposture sacrilège... // n'y a aucune difficulté à ce que le cardinal Wojty­la fasse tout cela, simplement cela, en prenant quant au dernier point les formes nécessaires. Il n'y a aucune difficulté en soi, aucune difficulté eu égard à notre « thèse », bien au contraire ; le cardi­nal Wojtyla deviendrait ipso facto, sans qu'il soit besoin d'aucune nouvelle procédure, vraiment Pape, Pape formaliter. La difficulté réelle, celle qui crève les yeux de quiconque ne les ferme pas, est que le cardinal Wojtyla fait tout juste le con­traire de ce qu'il devrait faire. Il professe à lon­gueur de discours les erreurs majeures de Vatican II ; il caracole la planète en concélébrant partout ladite n.m., en se provolutant aux pieds du grand Turc, et en équiparant la religion de Mahomet à Celle de Jésus-Christ...

Comment peut-on (« On »  inclut-il L. ? Dieu le sait !) se permettre de faire rejaillir, contre notre « thèse »  qu'on dénature, et sous forme de difficulté imaginaire, la difficulté véritable qui tient au comportement scandaleux du cardinal Wojtyla ? Comment se peut-il que L accorde une portée réelle à une objection tirée d'un « avenir » dont Dieu Seul est Maître et qui est censée contredire la vérité, alors qu'il méconnaît l'insurmontable difficulté qui, à elle seule, prouve qu'elle est la vérité ? Comment cela se peut-il ? Le voici.

 

c) L'apparente objection, inspirée par l'erreur du libéralisme, paraît provenir d'un trop candide optimisme.

« Le raisonnement... met l'Église dans une si­tuation inextricable » (F 69). Pas n'est besoin de raisonner pour obtenir ce résultat ! La situation inextricable est objet d'observation. On peut, à bon droit, s'en alarmer ; à bon droit encore, cher­cher à y remédier. C'est ce louable dessein qui a déterminé L à écrire la désastreuse lettre du 24 décembre 1978. Le remède dont L implore, au­près de celui qu'il reconnaît comme étant « le Pape » la généreuse concession, c'est en un mot l'existence canonique de la Fraternité S. Pie X. L reconnaît l'église officielle dont le chef est le car­dinal Wojtyla ; église certes encore « visible », bien qu'elle ne soit plus : ni une, divinement, puisque « la route fondamentale de l'Église, c'est l'homme »  (Encyclique Redemptor hominis, éd. Doc. cath. n° 14) ; ni sainte, puisqu'elle est privée du Saint Sacrifice institué par son divin Fondateur ; ni catholique, puisqu'elle se réduit au conglomérat des « églises nationales »  et tend à n'être qu'une com­posante du faux œcuménisme ; ni apostolique, puisqu'elle a rompu avec la sainte Tradition avec la dite « messe innovée ».

L. demande donc « au Pape »  que la Fraternité S. Pie X soit amalgamée à cette « église »  visible ; et il escompte que la visibilité de la Fraternité S. Pie X éclipsera celle de l'« église »  wojtylienne. On comprend donc que L soit particulièrement sensible à tout ce qui paraît menacer la visibilité de l'église » !

Cependant ce projet, s'il eût pu être touchant, n'en est pas moins aberrant. Il faut en effet, sup­poser qu'on veuille remédier à « la situation de l'Église », se conformer au Dessein de Dieu.

Il faut donc premièrement respecter ce qu'on en connaît avec certitude : II n'est pas possible de servir par la duplicité l'Église de Celui « qui est la Vérité »  (Jean XIV, 6). Il n'est pas possible de faire reposer l'unité de l'Église qui est sainte sur la coexistence sacrilège entre la Messe et ladite n.m. Ce serait introduire la dualité dans ce qui doit être le principe même de l'unité ; ce serait ruiner la Foi par l'hérésie.

Mais il y a davantage. Se conformer au Dessein de Dieu requiert d'en respecter le Mystère. Dieu Seul sauvera l'Église, dans le triomphe de sa Mère. II faut au moins tenir compte de la promes­se faite miraculeusement à Fatima. Il sera manifes­te, pour tous, que le salut viendra de Dieu Seul. Chacun doit certes oeuvrer, avec toute la lumière et toute la force que Dieu daigne lui accorder. Mais imposer, comme le fait L., aux prêtres et aux membres de la Fraternité S. Pie X, des condi­tions injustifiées parce qu'injustifiables (Cf. C) qui rendent ladite Fraternité assimilable par l'« église » officielle, procède d'un zèle non certes « amer » (F 69), mais « onctueux », dangereusement contaminé par l'humanisme dont le cardinal Woj­tyla est le si ardent protagoniste, ruineux pour la pureté de la très sainte Foi qu'il visait à servir, mais que, par l'astuce de Satan, il contribue à trahir.

 

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2) Extrait des « Cahiers de Cassiciacum »  n° 3-4, pp. 166-167

(Texte non signé tiré de la rubrique : « Notre gran­de enquête : premiers fruits ». Même s'il n'a pas été rédigé matériellement par le P. Guérard, il en exprime la pensée).

 

Que devient la visibilité de l'Église ?

 

L'Église est visible, en tant qu'elle est une so­ciété humaine ; or à ce point de vue, la visibilité de l'Église catholique romaine demeure. D'une part en effet la profession de Foi et les sacre­ments qui ont toujours été les siens se perpétuent par les fidèles restés attachés à la Tradition. D'autre part, la visibilité de la hiérarchie se main­tient par le fait que l'occupant du Siège apostoli­que demeure pape matériellement (de même que les évêques qui lui sont soumis mais qui ne sont pas personnellement hérétiques conservent maté­riellement l'autorité).

Insistons sur cette importante conséquence de la permanence matérielle de la hiérarchie : les évêques qui ne sont pas hérétiques occupent « en droit »  la place qui est la leur au sein de la hiérar­chie, bien qu'ils n'aient pas actuellement l'Autori­té, parce qu'ils demeurent affectés du schisme ca­pital introduit par Paul VI. Il s'ensuit que ces évê­ques assurent réellement la permanence de la vi­sibilité de la hiérarchie au sein de l'Église, bien qu'ils ne soient pas, actuellement, l'Autorité de l'Église.

Nous devons en outre noter que la visibilité de l'Église peut certainement subir des fluctuations. Ainsi, pendant la crise arienne, la profession de la Foi catholique fut presque éliminée, et, pour un temps, ne demeura guère visible. S. Jérôme en fit la remarque avec vigueur.

Par ailleurs, S. Vincent de Lérins envisage la possibilité qu'une hérésie s'efforce d'empoisonner « non plus une petite partie de l'Église, mais l'Église toute entière à la fois. »  (Commonitorium, III). Il admet donc, et personne n'est venu contes­ter cela, que la profession de la Foi puisse subir une éclipse. Éclipse à laquelle semble bien devoir être liée une éclipse similaire de la hiérarchie.

De même, pendant le grand Schisme d'Occi­dent (1378-1417), concrètement, la hiérarchie n'était plus visible pour les fidèles qui ne savaient plus qui était vraiment Pape.

D'une part en effet Notre Seigneur demande si la Foi subsistera à cette époque (Luc XVIII, 8) ; d'autre part le prophète Daniel annonce que le sa­crifice perpétuel, le Saint Sacrifice de la Messe selon l'interprétation commune et d'ailleurs obvie, sera aboli au temps de l'Antéchrist (Dan. XII, 11).

De telles conditions correspondent bien à une éclipse de la profession de la Foi, des sacrements, et en conséquence du Magistère qui normalement procure l'une et les autres.

Cette carence du Magistère est confirmée par le fait que les élus courront le risque d'être trompés par les faux prophètes (Matt. XXIV, 24). Ce risque serait-il possible, pour les élus, si le Magistère était présent pour les guider ?

Cette possibilité d'« éclipse », observée dans les faits, est parfaitement conforme à la doctrine catholique sur l'Église. Exposons brièvement ce point pour terminer.

Notre Seigneur a fondé une Église qui est à la fois son Corps Mystique et une société humaine.

Lorsque l'on attribue une qualité à l'Église, cet­te attribution peut être fondée sur le fait que l'Église est Corps Mystique (comme lorsque l'on attribue à l'Église l'Unité, la Sainteté,...) soit sur le fait qu'elle est une société humaine (comme c'est le cas pour la « visibilité »  qui fait l'objet de cette question).

Or, ce qui est attribué à l'Église parce qu'elle est Corps Mystique lui appartient nécessairement et absolument. Il est impossible qu'une réalité quelle qu'elle soit d'« Église »  et s'oppose, par exemple, à l'une des « notes »  de l'Église.

Tandis que ce qui est attribué à l'Église parce qu'elle est une société humaine lui est attribué né­cessairement, certes, mais selon la nature d'un collectif humain. Cette nécessité comporte donc, quant à sa réalisation dans le temps, une part de contingence.

Toutefois, parce que l'Église est le Corps Mystique de Notre Seigneur, elle ne peut périr, mê­me en tant que société humaine. Aussi, même les qualités qui lui sont attribuées en raison de cet aspect (Église société humaine) se réalisent-elles en fait nécessairement, à la longue et par Miséricorde.

« L'Église... peut être couverte d'ombre, elle ne peut défaillir. »  (S. Amboise, Hexameron, L. 4, n. 7).

 

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3) Extrait de l'article du P. Guérard des Lauriers « Saint Matthieu XXVIII, 20 », en réponse à l'Abbé Cantoni. Cf. Cahiers de Cassiciacum n° 6, mai 1981, pp. 116-117.

 

En ce qui concerne le donné de la Foi, nous rappelons (Cf. Cahiers de Cassiciacum, N° 1, p. 31, note 20) :

1) qu'il y a « primat du Siège apostolique, quant à l'institution, quant à la perpétuité, et quant à la nature »  (Denz.-S. 3052) ;

2) que ce Siège est romain : « Episcopis sanctae Romanae Sedis »  (Denz.-S. 3056), mais il n'est pas stipulé que le Siège romain sera toujours sans interruption occupé ;

3) « que cette même Église... demeure jusqu'à la consommation des siècles, toujours stable et in­changée, conformément à sa propre nature »  (Denz.-S. 2997).

Et nous observons que si ces textes sont clairs en ce qu'ils affirment, ils n'affirment pas, et pour cause, que le Siège apostolique soit toujours visi­ble en la personne de tel évêque. La mort de cha­que Pape, et d'autre part le grand schisme d'Occident notamment [deux et même trois papes à la fois, 39 ans durant, de 1378 à 1417..., et l'Église n'a pas encore décidé lequel était le vrai (Note 1)], sont des éclipses de la visibilité. Il se peut donc que, conformément au donné de la Foi, Jésus demeure avec son Église autrement que dans la personne visible de tel Pape ; et cela, soit en « étant avec »  le Siège apostolique inoccupé comme l'estime le B ; soit en « étant avec »  le Siège apostolique sans « être avec »  celui qui l'occupe materialiter, comme le tient la thèse de Cassiciacum. Quant à Écône, c'est occulte : ainsi l'exi­ge la raison d'état. Mgr. Lefebvre et ses fidèles sont vraisemblablement fort embarrassés d'expli­quer comment le Christ « est avec »  Jean-Paul II : attendu qu'ils désobéissent au second pour obéir au premier. Alors, ils brandissent, contre « les au­tres », Mat. XXVIII, 20 entendu au sens El (Note 3) le plus étroit ; et ils bafouent, en acte, ce qu'ils clament à la fois pour l'oreille vaticane et pour le salut de la Fraternité (Saint Pie X). On ne peut pas ne pas évoquer la parabole des deux fils (Mat. XXI, 28-31). Cassiciacum respecte l'Autorité, Écône, en paroles, révère l'« autorité » ; mais, en reconnaissant celle-ci comme étant l'Autorité, Écône, en réalité, se moque de l'Autorité. Qui, d'Écône ou de Cassiciacum, est dans la vérité ? (1).

M. l'Abbé C. cite (p. 14), comme étant une condamnation décisive de Cassiciacum, un texte de Pie XII : « C'est... s'éloigner de la vérité divine que d'imaginer une Église qu'on ne pourrait ni voir ni toucher, qui ne serait que « spirituelle »... ». Il est vrai en effet que, par nature, l'Église, en tant que société humaine, est visible. Mais, précisé­ment en tant qu'elle est une société humaine, l'Église est soumise aux vicissitudes de la condition humaine. La visibilité de l'Église, et notamment de l'Autorité, peut subir, et a effectivement subi, des éclipses. Il faut se garder de confondre entre elles deux choses différentes par essence : d'une part I'apostolicité, d'autre part la visibilité. L'apostolicité est une note de l'Église : elle est toujours, nécessairement, réalisée. La visibilité est une manifestation de l'apostolicité, en même temps que de l'unité ; elle peut, temporairement, se trou­ver altérée.

 

NOTE : Pie IX a condamné sévèrement une attitude for­mellement identique à celle d'Écône : désobéir en actes, tout en professant en paroles d'être soumis. « L'Église catholique a toujours considéré comme schismatiques ceux qui résistent opiniâtrement à ses légitimes prélats et surtout au Pasteur su­prême... Les membres de la faction arménienne de Constantinopole ayant suivi une pareille ligne de conduite, personne ne pourrait en aucune manière les croire exempts du crime de schisme, alors même qu'ils n'auraient pas été condamnés com­me tels par l'Autorité apostolique »  (Enc. Quartus supra, 6 jan­vier 1873 : Enseignements pontificaux, l'Église, p. 258, Desclée).

« A quoi bon répéter si souvent des déclarations de foi catholique et d'obéissance au Siège apostolique, lorsque ces belles paroles sont démenties par ses actes ? Bien plus, est-ce que la rébellion n'est pas rendue plus inexcusable par le fait que l'on reconnaît que l'obéissance est un devoir ? »  (Enc. Quae in patriarchatu, 1er septempre 1876 ; ibid. p. 281).

« Il s'agit en effet, vénérables frères et bien aimés fils, d'ac­corder ou de refuser obéissance au Siège apostolique. Il s'agit de reconnaître sa puissance, même sur vos églises, non seule­ment quant à la foi, mais encore quant à la discipline. Celui qui la nie est hérétique, celui qui la reconnaît et qui refuse opi­niâtrement de lui obéir est digne d'anathème. »  (ibid. p. 282).

 

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4) Nous republions le droit de réponse de Mgr. Guérard à Michel Martin alias prof. Salet, direc­teur de la revue « de Rome et d'ailleurs », qui, pour défendre Mgr. Lefebvre, attaqua constam­ment et violemment le sédévacantisme en général, la Thèse de Cassiciacum en particulier. Article de 1984.

 

Droit de réponse du Père Guérard des Lauriers

 

A la suite de l'article de Michel Martin paru dans le n° 46 de ce Bulletin, le Père Guérard des Lauriers s'est plaint d'avoir été « violemment »  pris à partie et nous a sommé par les voies légales d'a­voir à publier la réponse suivante :

 

DROIT DE REPONSE DE M. GUERARD DES LAURIERS o.p.

à l'article signé Michel Martin

 

paru dans la Revue « de Rome et d'ailleurs »  n. 46 février 1984 pp. 2-16.

 

En vue d'abréger le texte, je désigne par : M, Monsieur Michel Martin, qui me prend à parti (pp. 4, 5, 13) ; par W, Mgr. K. Wojtyla (J. P. II), par L, Mgr. Lefebvre. Je renvoie au texte de cet article par deux chiffres entre crochets ; [5,23] si­gnifie : page 5, ligne 23.

Le but de l'article signé M, est très probable­ment d'empêcher, par dissuasion [14, 6-8], que L consacre des Évêques. C'est pourquoi cet article a pour objet la « liquidation définitive du « sédévacantisme » (généralement favorable à la consécra­tion d'Évêques non wojtyliens) dont, derechef, M m'inculpe déloyalement. M ne fait d'ailleurs que ressasser un argument déjà réfuté, savoir : W ne peut pas ne pas être pape, « puisqu'à une Église vi­sible, il faut un chef visible ». [3. 28]. Telle est la thèse qu'on peut appeler : VISIBILISME ; c'est l'obsession de ce qui se voit, si conforme n'est-ce pas à l'instinct de la très sainte foi (Matt. XII.39) !

Or, le visibilisme, tel que l'entend M, est une erreur, une absurdité, une imposture, une mal­honnêteté. C'est ce qui résulte des documents sui­vants, auxquels nous renvoyons par le chiffre en­tre parenthèses qui leur correspond respectivement.

A.  Cahiers de Cassiciacum, 18 avenue Bellevue 06100 NICE - Notamment : (7) Cahier I ; (2) Cahier III - IV ; (5) Cahier VI ; (4) Abbé B. LU­CIEN : « Le magistère ordinaire universel ».

B. Una Voce. Gruppe-Maria. D 8000 MÜNCHEN 1, Postfach 610 ; août 1980 (5) NOVUM PASCHA.

C.   Bulletin de l'Occident chrétien.  B.P.   112. 92313 SEVRES CEDEX - (6) N. 81-82 (Juin -Juillet 1983), pp. 1 - 6, (7) N. 84 (Octobre 1983).

 

Le visibilisme est une ERREUR (2). Parce que, de l'aveu même de M :

1.  « Le Pape est dit visible PARCE QU'IL est donc nécessaire que les fidèles sachent claire­ment qui est le Pape »  [3.31] ;

2. Durant « le grand schisme, il y eut deux pa­pes (et même trois) »  [5.28 - 29] ; les fidèles ne pu­rent « savoir clairement qui était le Pape », puis­que, sur ce point, « des saints eux-mêmes se sont divisés »  [5. 29-30] - La visibilité N'EST D'AIL­LEURS PAS UNE NOTE DE L'ÉGLISE.

 

Le visibilisme est une ABSURDITE. Attendu que :

1. W « a la juridiction suprême »  [16, 38]. W est donc « Docteur suprême » ; mais on doit ne pas le suivre quand il affirme la « Liberté religieuse »  (7) (2) ; ce « serait de la papolâtrie »  [16, 31]. W est « Souverain Pontife » ; mais on doit, en l'acte même où ce Pontife est souverain, à la fois ne pas faire comme lui, et affirmer qu'on fait l'offrande « en union avec lui »  [6, 31] (5) (6). W est, selon M, un chef dont on doit déclarer qu'on le suit [16, 38] ; qu'on doit pouvoir voir pour le suivre [3, 31] ; et qu'on suit quand on le juge bon.

2.  Or, un chef est par nature quelqu'un qui conduit, et qui doit donc être suivi. Un chef qu'on doit ne pas suivre, c'est un « guignol »  (C'est tout à fait ça, jusque dans l'« attentat » ; pas une goutte de sang sur la blanche soutane !) (Note 4). C'est quel­que chose comme une circonférence carrée, une absurdité.

 

Le visibilisme est une IMPOSTURE - Car les « catholiques du rang » (!) [16, 42-43] sont des « brebis errantes »  (Is. LIII - 6). Ce W, doit-on le suivre ? doit-on ne pas le suivre ? Qui en décidera ? Pauvres « catholiques du rang ». On fait claquer et flamboyer devant vous la banderole : W ! W ! Mais ceux qu'en vérité vous suivez, ce sont ceux qui prétendent vous dire : « suivez W », ou « ne le sui­vez pas ». Les voilà donc, démasqués, vos « chefs visibles »  REELS ; ce sont ceux qu'incondition­nellement en fait vous suivez : ce sont les M et les L, eux-mêmes manœuvres par les « hommes d'iniquités »  (II Th II.7) qui demeurent dans l'obs­curité. Ils vous trompent doublement, en usurpant en leur faveur le rôle qu'ils revendiquent fraudu­leusement pour W.

 

Le visibilisme est une MALHONNETETE - 1) Quant aux données qui sont censées le fonder. Car M expose (nième fois) la doctrine de l'infaillibilité pontificale, en restreignant FAUSSEMENT celle-ci [7, 1] au cas du Magistère EXTRAORDINAI­RE. Or M sait pertinemment que le débat ((7), (2), (J)) concerne le Magistère ORDINAIRE universel. En sorte que, pour un lecteur non averti, M paraît avoir évidemment raison ; en réalité, il n'aborde même pas la véritable question. 2) Quant aux pseudo-conclusions (non prouvées) qui sont insidieusement imposées, a. Pourquoi les Sacres accomplis par Mgr. THUC sont-ils « illici­tes »  [4, 23] ? Tandis que ceux émanant éventuelle­ment de L, seraient seulement « illégaux »  [14, 6] ? b. Pourquoi M viole-t-il [13, 19] la règle qu'il pose [13, 1-2] ? M, en réalité, « s'institue lui-même légi­slateur »  [13, 2], et usurpateur, en décidant, de sa propre autorité, puisque sans en donner aucune raison (Cf 1) : « A part les sédévacantistes qu'on ne saurait approuver », [13, 9] ; « Mais le sédévacantisme est à rejeter absolument »  [16, 27]. Ce qui est à « rejeter absolument », c'est l'autoritarisme usur­pateur qui prétend imposer le visibilisme. 3) Quand aux procédés auxquels ont recours les visibilistes, pour paraître triompher. En effet, nous venons de le voir, M « noie » frauduleusement la véritable question ; « il s'institue lui-même législa­teur »  [13, 2], et s'arroge insidieusement le rôle qui est en propre celui de l'Autorité. Quand à L, qui est, quoi qu'il en dise, le chef effectivement suivi par les visibilistes, il les culmine tous com­me il se doit, attendu qu'il use de la calomnie et du faux témoignage pour mieux s'imposer (7).

 

Fin de la réponse du Père Guérard des Lauriers.

 

***

 

 

Notes de la rédaction

 

Note 1 : Le grand schisme finit en 1417, mais il y eut des séquelles jusqu'en 1430 et 1449. Même si aujourd'hui, l'on considère de fait comme légi­time le Pape de l'obéissance romaine, à cette épo­que néanmoins, les fidèles ne discernaient pas le vrai du faux. Et même le Concile de Constance ne voulut pas se prononcer. Au contraire, le Pape Borgia, prenant le nom d'Alexandre VI, reconnut le Pape de Pise Alexandre V.

 

Note 2 : Aujourd'hui le raisonnement vaut en­core davantage, étant donné que Lefebvre a été excommunié.

 

Note 3 : El et E2 veulent signifier deux exégè­ses possibles de Mt. XXVIII, 20.

 

Note 4 : L'affirmation de Mgr. Guérard des Lau­riers est une hypothèse qui lui a été suggérée par quelques médecins. Quoiqu'il en soit de ce fait spécifique, personne ne doute de l'art théâtral de Wojtyla. Son biographe, le professeur Rocco Buttiglione (CL) est allé jusqu'à écrire que, pour Wojtyla, « Entre la profession d'acteur et celle du prêtre, il n'y a qu'un pas »  (La pensée de Karol Wojtyla, Ed. Communio, Fayard 1982, page 41. Cf. Sodalitium n° 19). Ceci nous est confirmé par un journaliste du « Times », Wilton Wynn, l'un des plus introduits au Vatican (il a soupe avec Wojtyla) et souteneur de l'actuelle ligne « pontifi­cale », dans son livre « Custodi del Regno »  édi­tions Frassinelli, 1989. A ce propos, il faudrait ci­ter tout le petit chapitre : « Jean Paul II « le grand communicateur »…

En voici du moins quelques extraits :

«... Le père jésuite John Navone, un théolo­gien qui vit à Rome depuis environ un quart de siècle, s'assit une fois devant la machine à écrire et écrivit d'un jet une série de notes qui décri­vaient parfaitement le style de communication préféré de Jean Paul : « Extraverti, très sociable, aime se mêler au monde, converser avec tous. Son milieu naturel est la scène. Profond intérêt pour le monde. Il aime improviser. Contacts vi­suels. Réactions positives du public : essentiels à la verve récitative du brave acteur. A son aise parmi les relations d'enthousiasme du public qui constituent, dans son opinion, la partie intégrante de sa vie. Il en tire l'idée et l'instigation.. ».

L'ex-acteur polonais planifie ses déplacements avec l'habileté d'un directeur expert de théâtre. Au début, il s'attire le public avec quelque mot d'esprit d'apparence spontanée, et autres manife­stations de sympathie et de bonne humeur. Dans le stade Shea de New York, il sema l'hilarité parmi la foule, lorsque feignant le sérieux il commença ainsi son discours : « Celui qui arrive à New York ne peut pas s'empêcher de rester impressionné ! »

Une longue pause. Puis : « Combien de « casse-ciel ! » ...

A Czestochowa, en Pologne, un chœur de jeu­nes filles adolescentes offrit un concert à Jean Paul II et il les récompensa toutes avec un baiser sur la joue...

A dire vrai, en quelques cas, ces démonstra­tions de chaleur et d'humanité ne sont pas du tout spontanées... Et ainsi, si c'est nécessaire, le pape ne dédaigne pas un peu de mise en scène. Deux jours seulement après qu'un prêtre déséquilibré eut attenté à sa vie, à Fatima, au Portugal, Jean Paul II suscita beaucoup d'alarme parmi la foule, avec son apparente insouciance pour les mesures de sécurité, lorsqu'il arriva en visite dans la zone agricole de Vila Viçosa, environ 160 km à l'est de Lisbonne. En parcourant un long sentier, le pa­pe était gardé à vue et protégé par un cordon de -policiers, serrés l'un contre l'autre en longues files sur les deux côtés du sentier. A l'improviste, ce pape, qui connaît bien les mouvements du meil­leur effet, se tourna à droite et s'échappa d'entre les mailles du cordon de sécurité pour serrer les mains des paysans qui se reposaient dans le champ contigu. Bien vite le pape fut entouré de chaque côté par les paysans, mettant en crise le service de sécurité. Seulement ensuite, j'appris de sources bien informées que ce petit incident avait été soigneusement programmé et coordonné avec l'appui de la police. Un autre épisode, toujours organisé, se vérifia le jour après à Oporto, quand Jean Paul II outrepassa le cordon de police pour baiser un enfant paralysé, sur sa voiture.

Il ne manqua pas une pointe de mise en scène au cours d'un rassemblement de jeunes en l'hon­neur du pape à Tokyo. Tandis que Jean Paul était assis sur un fauteuil, sur le plancher, voici appa­raître un petit groupe de fillettes japonaises au vi­sage très doux, habillées de costumes tradition­nels polonais, qui se mirent à chanter des chan­sons polonaises et s'exhibèrent en danses populai­res de la Pologne pour l'illustre hôte. Tandis qu'elles dansaient deux enfants se détachèrent à l'improviste du groupe de leurs compagnes et se tenant par la main, s'approchèrent timidement du pontife pour lui demander : pourquoi ne viens-tu pas danser avec nous ? Sur le visage du pape ap­parut une expression de stupeur, il hésita et puis avec un haussement d'épaules et un sourire rayonnant, il prit par la main un enfant et entra dans leur cercle tandis que toutes les autres se mettaient à danser autour de lui. Une scène vrai­ment émouvante.

Le hasard cependant avait voulu que je fusse présente, dans ce même salon, juste deux heures avant, lorsque les enfants étaient en train d'exer­cer les danses. Un vieux jésuite américain était assis sur le fauteuil, comme la doublure du ponti­fe. Tandis que les enfants dansaient, deux d'entre elles se détachèrent du groupe, et se tenant par la main, s'approchèrent timidement du vieux jésuite pour lui demander : Pourquoi ne viens-tu pas dan­ser avec nous ? La doublure eut un regard surpris, sembla hésiter, puis haussa les épaules et entra dans le cercle tandis que les enfants dansaient au­tour de lui... »  (pp. 145-149).

 

 

 

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FIN DE L’ARTICLE

 

 

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